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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 21:45

Note de spartacus

La technique étant ce qu'elle est, on a été obligé d'abandonner le récit Ma Doué 2 avant la fin. Allez savoir pourquoi! Parce que quand c'est plein, il n' y a plus de place c'est tout. Donc, on continue.

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Nous en étions restés à Saint-Tugen où nos anciens reposeraient donc désormais.

C'est un endroit magique, que personne ne peut ignorer. Autrefois, on l'a déjà dit, on y célébrait des pardons très fréquentés. On y venait de partout, et pour l'anecdote, sachez plusieurs choses:

- que cette chapelle fut estimée à la révolution, exactement le 19 germinal an III, par un personnage déjà cité: Joseph Guezno, notaire et frère du conventionnel Mathieu qui repose à Audierne

- que de nombreux écrits parlent de Saint-Tugen. Citons Daniel Bernard, L'Abbé Velly, le chanoine Pérennès et Hyacinthe le Carguet, sans oublier les publications des érudits locaux réunis au sein du comité de sauvegarde du patrimoine à Primelin

- Qu'il existe un trésor qui a une histoire remontant à 1793: un calice subtilisé par une femme du Cap, à la barbe des soldats chargés de diriger vers la fonderie les objets de culte récupérés à la chapelle

- que des pélerins de Plouhinec se sont noyés autrefois dans le port d'Audierne en revenant du pardon. A l'époque, il n'existait pas de pont entre Audierne et Plouhinec ( le 17 juin 1725-52 noyés)

- Que Marguerite d'Angoulême, soeur de François Ier, serait venue prier à Saint-Tugen pour demander la libération de son frère prisonnier de Charles Quint . Un texte traitant de ce sujet se trouverait à la bibliothèque nationale

- sans oublier la clé de Saint-Tugen destinée à protéger de la rage

Nos anciens étaient donc sous bonne garde:

et on allait pouvoir les laisser en paix, à condition de regarder l'épilogue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Epilogue

 

 

Il avait neigé la veille sur le Cap, une fois n'est pas coutume, mais c'était Noël. Gwenaël émergeait de son sommeil. Il s'était couché plus tard que d'habitude, après avoir trouvé ses cadeaux au pied du sapin, et s'être arrêté devant la crêche de Noël car, pour être sûrs de ne pas se tromper, ses parents faisaient les deux.

Il sauta de son lit, et courut, pieds nus vers la chambre de ses parents en hurlant:

-Maman, je veux aller à Saint-Tugen voir Tante Gaïd et Tonton Lom

- Calme toi disait sa mère. Qu'est-ce que tu racontes ?

- A Saint-Tugen maman. Ils sont morts tous les deux.

- Allons, allons !! Nous irons cet après-midi si tu es sage, mais je crois bien que tu as rêvé un peu non ? Regarde comme c'est beau chez nous. En effet, la maison située sur la côte nord, bénéficiait d'une vue exceptionnelle, loin de ce qui n'a pas de nom, à Audierne et Esquibien . Regardez:

 

depuis Bremeur jusqu'à Brezellec

en passant par Louedec

 

Le soleil se levait à l'est, vers Douarnenez. On distinguait très bien la presqu'île de Crozon où se détachait Pentreiz (bonjour Pentreiz) , Telgruc, et Morgat avec le Cap de la Chèvre. plus loin ''les Tas de Pois'', la pointe Saint Mathieu et l'entrée du goulet de Brest, et dans la petite brume l'île de Molène . Par très beau temps, on apercevait l'île d'Ouessant, et la nuit, on voyait les phares. C'était magique!

Gwenaël se retourna vers sa mère et lui dit:

- Quand je serai grand, c'est ici que j'habiterai !!

 

Fin

(sous réserve d'ajout de photos)

On a tout de même oublié de vous dire que depuis cette histoire, et selon des information parues dans la presse locale des cours de breton sont donnés au foyer-logement de Pont-Croix. Curieusement, le personnel a accepté de jouer le jeu, de manière à pouvoir mieux dialoguer avec les anciens qui, sans le savoir sont devenus des pédagogues. Si d'aventure, il leur arrivait de lire cette histoire dont ils ont parfois été les acteurs involontaires, qu'ils veuillent bien accepter les remerciements de :

Spartacus,

l'esclave romain qui fut crucifié parce qu'il s'était révolté

********

 

Kénavo de la Pointe du Raz avec , au fond, l'île de Sein

 

 

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Published by spartacus
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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 21:38

 

Ma Bro: Ar C'hap

Mon Pays: Le Cap-Sizun

Gwechall

Autrefois

 

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Ce livre est dédié

A tous les ''Tadou Koz'' vieux pères

- qui nous ont fait ce que nous sommes

- et sans lesquels nous ne serions rien

Ici ou ailleurs, ils se reconnaîtront

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Dalc'h sonj o Breiz-Izel, eus ar re goz

(souviens toi o Bretagne des Anciens)

******

Oceano Nox

Oh, combien de marins , combien de capitaines

Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines

Dans ce morne horizon se sont évanouis !

Combien ont disparu, dure et triste fortune

Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,

Sous l'aveugle océan, à jamais enfouis

 

Et quand la tombe enfin a fermé leurs paupières

Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre

Dans l'étroit cimetière où l'écho nous répond

Pas même un saule vert qui s'effeuille à l'automne

Pas même la chanson naïve et monotone

Que chante un mendiant à l'angle du vieux port

 

Où sont-ils les marins sombrés dans les nuits noires

O flots, que vous savez de lugubres histoires !

Flots profonds, redoutés des mères à genoux

Vous vous les racontez en montant les marées

Et c'est ce qui fait ces voix désespérées

Que vous avez le soir quand vous venez vers nous

Victor Hugo

******

''Eh, la France, ton café fout le camp''

Tel fut le cri du coeur, poussé par Marie-Jeanne, un soir, au bivouac, à la tombée de la nuit. Par son prénom bien de chez nous, Marie-Jeanne aurait pu être ''Une du Cap''. L'histoire en a décidé autrement, puisque Becu Marie-Jeanne est née à Vaucouleurs dans la Meuse, le 19 août 1743, d'une mère couturière et d'un père moine, à moins qu'il ne fut gendarme ou percepteur.

Plus connue sous le nom de ''Comtesse du Barry', Marie-Jeanne est devenue célèbre d'abord comme maîtresse du roi Louis XV, puis par l'expression historique:

''Eh, la France, ton café fout le camp''

Pour l'anecdote, disons que la ''Maîtresse-Comtesse'' s'adressait tout bonnement à la cantinière qui, courant le guilledou, avait oublié de surveiller la marmite de café, sur le feu de bois, laissant déborder la royale boisson. Seulement voilà! La cantinière se prénommait France !!

Le café vagabond de Madame du Barry venait de passer à la postérité

******

( Ci dessus: inauguration de la stèle à la mémoire des combattants de Diên Biên Phù à Coëtquidan, le 8 avril 2006. Malgré nos efforts, nous n'avons pu trouver une photo datant du temps de Louis XV. La photographie n'était peut-être pas inventée)

''Eh, Marie-Jeanne, ton Cap fout le camp''

C'est par cette phrase que j'ai envie d'interpeller, en m'adressant à une autre Marie-Jeanne, une du Cap, une ''Capenn Vihen'' (petite femme du Cap portant la coiffe) ou une "Capenn Braz'' (grande femme du Cap), peu importe, une qui parle encore breton (si possible; comprendre serait déjà mieux que rien) et ne s'en laisse pas conter comme celles qui autrefois et même encore hier, osèrent défier la force pour défendre ce qu'elles estimaient être leur terre et leur patrimoine, hérités de leurs ancêtres:

Le Cap

KENTOH NI A VARVO DIT LE CANTIQUE

PLUTÔT NOUS MOURRONS

Oui Marie-Jeanne, tu as raison, ''Le Cap fout le camp''

et il est temps d'en parler

******

Préambule

1- En guise d'avertissement . Rien ne m'a paru plus approprié pour présenter ce qui va suivre que cette phrase écrite à Paris le 10 mai 1948, par un audiernais né en 1874, devenu officier Général après une brillante carrière militaire, plus particulièrement au cours de la première guerre mondiale. Le Général Cotten, puisqu'il s'agit de lui, avait accepté de préfacer un livre ''hors commerce'', écrit par un autre audiernais très connu, son ami. Voici ce qu'il écrivait, à propos de la politique:

''Nous étions d'accord (il s'agit de son ami et lui-même) pour constater qu'elle est plus destructive que constructive, que les luttes entre les partis sont stériles, qu'il s'agit pour les meneurs de s'emparer de l'assiette au beurre en jetant aux électeurs la viande creuse des belles promesses''.

J'ai pu accéder à ce texte de diffusion très limitée (il ne figure que dans les bibliothèques privées), grâce à des amis que je ne citerai pas. Ils se reconnaîtront. Qu'ils en soient remerciés

Le Général a écrit ces lignes à l'âge de 74 ans, âge auquel l'expérience et la sagesse ont enlevé toute velléité de pouvoir, pouvoir qui, soit dit en passant, n'avait pas dû lui faire défaut durant sa longue vie professionnelle. J'aurai bientôt 76 ans. Après avoir connu les responsabilités du commandement, j'ai eu à vivre à la guerre les circonstances très particulières du combat d'infanterie qui mettent l'homme face à lui-même , devant ses subordonnés. Autant dire que je n'ai aucune ambition de conquête ou de pouvoir.

Le Général, tout comme son ami, l'ingénieur des ''Arts et Métiers'', avait réussi sa vie professionnelle. L'un et l'autre n'avaient rien à prouver, pas plus qu'ils n'étaient à la recherche d'une dimension sociale, d'une notabilité quelconque, puisqu'ils étaient naturellement notables ( ce qui n'est pas mon cas car je tiens trop à la modestie de mes origines). Simple appréciation personnelle bien entendu, simple constat de faits vieux de 58 ans.

L'histoire est un perpétuel recommencement

(d'après Thucydide, historien grec)

Elle est aussi la science du malheur des hommes

(Raymond Queneau, écrivan français:1903-1976)

A l'heure où, de plus en plus de clignotants sont en train de passer au rouge dans ce merveilleux Cap-Sizun, pays de mes racines profondes, où j'ai vécu 2 tranches de vie de plus de 20 années, séparées par 33 années de travailleur émigré dans l'hexagone et outre-mer, j'ai estimé opportun voire nécessaire, avec tout de même l'ambition de chercher à être utile, d'écrire un texte qui, au-delà des idées personnelles, créera une situation de réflexion. Tout concorde pour dire que l'avenir du Cap ne se présente pas bien. C'est un constat. Ce constat est une conséquence. Toute conséquence a une ou plusieurs causes. Je vais donc tenter d'analyser la situation, en m'appuyant sur des faits, des dates, des livres, des coupures de presse, des témoignages. Je crois utile de préciser qu'il ne s'agit en aucun cas de me faire remarquer ni de me singulariser. J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les aventures d'un citoyen d'Elliant qui, après avoir quitté son village à l'âge de 25 ans est revenu dans son pays natal pour publier un livre. Je cite textuellement:

''Pour qui il se prend celui-là (lisez çui-là) comme on le prononce là-bas. Chez eux il s'agit toujours de faire ses preuves. Et quand on revient, on a intérêt d'avoir réussi. On vous accueille, mais on n'en est pas moins l'égal des autres.

(référence: télégramme de Brest du 12-12-2001).

A Qui le dites-vous ??

Je souhaite pour ma part rester dans le gabarit du Capiste moyen, modèle standard et pas du tout hors normes, estampillé NFC, (normes françaises Capistes). Pour autant, il ne me paraît pas nécessaire de passer obligatoirement sous les fourches caudines du ''qu'en dira-t'on'', ni de me soumettre aux ''ragots du torchon'', au lavoir où siège la ''Virago'', brandissant les serpillières venimeuses en animant ''Radio Kaol Moc'h'' (choux à cochons), plus connue sous le nom de ''Radio Kolporte ''ou ''Cloporte''.

Témoigner pour faire réfléchir, et si possible être utile car, comme disait Descartes:

''C'est proprement ne valoir rien que de n'être utile à personne''.

Mais, je ne réussirai pas dans cette ambitieuse entreprise sans bénéficier d'un peu de chance, cette chance qui ne m'a jamais fait défaut aux pires moments de la vie professionnelle. Les choses sont dans l'ordre, et le choix de l'heure de départ ne nous appartient pas.

Saints de mon pays, secourez-moi ! Les Saints de mon pays ne me connaissent pas

(proverbe breton Auguste Brizeux 1850)

 

 

Mais si, ils me connaissent, et même très bien. Ils m'ont déjà trouvé quelques complaisances et même complicités à Audierne, dans le Cap, à Quimper, dans les administrations, certaines mairies, et surtout chez ceux qui, dès qu'ils ont eu connaissance de mon projet, m'ont procuré des livres ou des archives, souvent personnelles. Je pense avoir bénéficié de documents rares, originaux, et même parfois inconnus. Pour être complet, j'ajoute que j'ai beaucoup utilisé ''internet'' pour lire la presse nationale, les documents de l'INSEE (institut national de la statistique et des études économiques), et bien d'autres choses.

J'exprime donc mes remerciements à tous ceux qui m'ont aidé, en mon nom personnel bien-sûr, mais surtout au nom de ce Cap-Sizun que nous aimons, et qui pourtant va peut-être mourir sans un sursaut de dernière heure. Ensemble, nous allons tenter de retarder '' l'Extrême Onction '', de différer la veillée funèbre, en chantant ce couplet écrit par l'Abbé Yves Kersaudy, natif de Landrer en Plogoff, en 1871:

Da neomp-ni n'eus ket paleziou.....Chez nous il n'y a pas de palais

N'ez euz na menez na koadou.....Il n'y a ni montagne ni bois

Mez, ni hon eus reier ar mor don.....mais nous avons les récifs de la mer profonde

Beg ar Raz, Boe an anaon.....la Pointe du Raz, la Baie des Trépassés

Un dremwel henvel n'ez eus ket.....Il n'existe pas de pareil horizon

Evel ar C'hap n'eus bro ebet.....Il n'y a pas de pays comme le Cap

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Aide-toi, le ciel t'aidera !!

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2-Avant-propos: les motivations de l'auteur-

L'écriture, un métier à risques ! Aventure encore plus risquée quand on envisage d'écrire sur son pays natal, quelles que soient les motivations, les raisons, les mobiles, sans chercher à faire plaisir, à courtiser ou à encenser qui que ce soit. Il convient donc, d'entrée, d'informer le lecteur pour éviter toute erreur d'interprétation. Trois considérations majeures sont à l'origine de mon initiative:

21: la première: Les résultats du dernier recensement. Le Cap-Sizun, autrement dit le canton de Pont-Croix, détient le record absolu en Bretagne, de la perte de population entre 2 recensements: 11,33%. Généralement, dans le domaine sportif par exemple, un record se prépare et se mérite. Dans ce cas, le nouveau champion sportif est adulé, récompensé, parfois même décoré, ainsi que tous ceux qui ayant contribué à la préparation et à la réalisation du record, partagent la gloire qui en découle. Bravo! Félicitations.

Que se passe-t'il dans le cas contraire d'un triste record, de la lanterne rouge ? Je me suis posé la question. J'ai cherché les réponses.

22- la deuxième: On a beaucoup écrit sur le Cap-Sizun. des auteurs talentueux, de toutes origines, de qualifications diverses, ont laissé une oeuvre abondante et variée. J'ai à peu près tout consulté. Un ouvrage récent, de très grande qualité, intitulé:

Goulien, commune bretonne du Cap-Sizun

écrit par un ethnologue, Christian Pelras, a peut-être joué le rôle de déclic pour ce qui me concerne. Je lis à la page 20:

'' une étude préalable poussée de la langue bretonne s'avère indispensable''

et un peu plus haut:

'' Nul doute que je n'aie laissé passer ainsi bien des informations capitales''.

La même remarque a été faite par un autre ethnologue à Plozévet: Edgar Morin, auteur de ''La métamorphose de Plodémet''. Le quotidien ''Le Monde'', dans son édition du 1er octobre 2002 écrit ce qui suit:

"Les chercheurs sont passés à côté, pas seulement parce qu'ils ne parlaient pas breton, mais par méconnaissance de cette réalité......Il était impossible d'accéder au fond des choses car on ne connaissait pas la langue......Des gens ont parlé en breton parce qu'ils savaient qu'ils ne seraient pas compris".

 

 

 

(Ici finit la Bigoudénie, lit-on sur la statue réalisée par le sculpteur René Quillivic à Pors-Poulhan en Plouhinec. C'est donc là aussi que commence le Cap-Sizun)

Les scientifiques font un constat: connaissance de la langue indispensable pour comprendre et expliquer les choses. Or, cette langue, je la parle, sans prétention, la lis moyennement, l'écris avec des fautes, et l'ai beaucoup entendue et même pratiquée dans ma jeunesse, quand j'exerçais toutes sortes de métiers plus ou moins de mon âge, et aujourd'hui disparus pour la plupart: garder les vaches, vendre du poisson ( vente ambulante avec une voiture à bras), préparer la glace pour les bateaux de pêche (dans l'entreprise du futur député, manipulation des barres de glace de 25 kilos), ou faire la vaisselle dans les hôtels de la famille. J'oubliais l'apprentissage de l'électricité. Enfant d'une famille plutôt modeste pour ne pas dire pauvre, orphelin de père à l'âge de 11 ans, je n'étais pas un cas unique: les enfants devaient, pour beaucoup d'entre eux, participer à la vie matérielle de la famille, tout au moins pendant les vacances scolaires. Riche expérience de la pauvreté, irremplaçable expérience acquise sur le tas, au contact et à l'école des Anciens, avec les animaux, à l'époque de la charrue. Il faut avoir conduit un attelage de chevaux, et manipulé une charrue ''Brabant'' pour mesurer le poids et la fatigue d'une journée de labour. Le tracteur a changé les choses.

Les Anciens savaient parler autour d'un bol de café, quand la télévision n'existait pas. La culture bretonne était simple, naturelle, vertueuse même, et surtout n'était pas encore victime de l'intoxication télévisuelle plus connue sous le nom d'ABRUTISSEMENT CATHODIQUE. Foi d'ancien électricien.

J'ajoute d'emblée que l'étude du Cap-Sizun est indissociable de l'étude de la religion, catholique dans le cas particulier. Mon itinéraire personnel m'a amené à côtoyer d'autres religions: le Protestantisme par mon mariage, l'Islam au cours de 7 années en Afrique du Nord (en période dite de guerre), liste non exhaustive puisque comme tout le monde, ou presque, j'ai rencontré des Juifs, des Bouddhistes, et même des athées.

23- la troisième- Des évènements récents: Plogoff, on peut sans doute dire mondialement connu, ont marqué le Cap-Sizun. Le projet de centrale nucléaire prévue à la Pointe du Raz, ou presque, a été annulé par le nouveau Président de la République élu en 1981: Monsieur François Mitterrand. Il se trouve que j'ai côtoyé d'assez près quelques uns des principaux acteurs, et recueilli leurs sentiments:

- Madame A. C.., présidente du comité de défense. Elle est la fille d'un de mes cousins germains, donc ma petite cousine.

-Colonel Jean-Louis D.....: (nominativement cité dans le livre de René Pichavant ''Les pierres de la liberté''. Devenu officier Général, exerçant des responsabilités de niveau national, il m'a rendu visite à Audierne, bien après les évènements, puisque je n'y étais pas à l'époque. Je le connaissais bien (il est décédé). Nous avions suivi ensemble les cours à l'école d'application de l'infanterie de Saint-Maixent , en 1954-1955. Nous étions dans la même brigade; il était mon voisin de chambre. Je l'ai rencontré en 1983 ou 84. Nous avons bavardé, échangé quelques considérations sur Plogoff où il avait assumé le commandement des gendarmes mobiles, lors de l'enquête d'utilité publique. Avis autorisé sans aucun doute, même si je n'étais pas obligé de partager son point de vue sur le fond. Une chose est certaine cependant, il n'avait pas apprécié le comportement des gens de ma race. C'était son problème, pas le mien puisque j'étais et suis toujours solidaire des gens de ma race, ici comme ailleurs.

- Colonel Gérard C......- (devenu Général d'Armée). Aujourd'hui retraité; il commandait à l'époque la gendarmerie du Finistère. Autorité territoriale selon la définition habituelle. Je l'ai rencontré à plusieurs reprises, pour des raisons et dans des circonstances qui, relevant de la vie privée, n'ont pas à être développées ici. Le point de vue de cet officier n'est pas secret, sinon je n'en parlerai pas. Il a été exprimé publiquement à la télévision, lors de l'émission du 27-5-2002. Je considère pour ma part que c'est le point de vue d'un homme de bon sens. Je cite:

" La situation n'a jamais été perçue au plan national pour arrêter l'enquête".

24- Dernière remarque- Je cite encore Christian Pelras (page 17):

"J'ai banni des pages qui suivent le NOUS impersonnel et faussement objectif, au profit d'un JE qui prend ses responsabilités".

J'ai cri devoir en faire autant. JE assume. NOUS peut laisser penser que je suis "plusieurs" et même nombreux. Erreur, je suis seul, devant cette feuille de papier certes, mais pas si seul. Je suis avec tous ceux qui m'ont aidé en me confiant des documents et qui attendent et même espèrent voir aboutir ce projet . Encore Merci. J'ajoute que je n'avancerai rien sans avoir les références écrites. J'ai consulté pour ce faire une volumineuse documentation. Quant à mes idées personnelles, je les écrirai avec mes "tripes" comme on me l'a déjà dit, lors d'une précedente aventure dans l'écriture, car, ce qui compte avant tout c'est:

Le Cap-Sizun.

Pour conclure cette introduction, j'emprunterai à René Pichavant, dans "Les pierres de la liberté", une seule phrase, page 94:

"Ne t'y trompes pas: si Bretons nous sommes, par atavisme, langue et grande fierté aujourd'hui, patriotes étions restés par les leçons de nos maîtres d'école, et les souvenirs de Dixmude".

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Vive le Cap-Sizun

Vive la Pointe du Raz en Cap-Sizun

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Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

Tous deux adoraient la belle

Prisonnière des soldats

Lequel montait à l'échelle

Et lequel guettait en bas

Celui qui croyait au ciel

Celui qui n'y croyait pas

..................................Louis Aragon

(La Rose et le Réséda)

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Première Partie

AR C'HAP GWECHALL

(Le Cap autrefois)

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Présentation et histoire

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1 - carte du Cap-Sizun- à consulter par le lecteur (carte de son choix). recommandée: carte IGN N° 0419 et TOP 25

2- Le Finistère: données numériques: (source internet)

21-Le Finistère (source internet)

C'est donc le bout du monde , puisque le bout de la Bretagne, de la France et même de l'Europe. Le chef-lieu du département est Quimper. Brest, Chateaulin et Morlaix sont les 3 sous -préfectures.

a)- superficie du département. 673000 hectares soit 1,23% du territoire français, et 24,70% du territoire breton. En Km2, 6785 Km2 soit le 23ème rang français

b)- Quelques chiffres. 795 Km de côtes (1100 Km de linéaire côtier), le Finistère est le plus long rivage de France.

260 Kms de de routes nationales - 3383 Kms de routes départementales - 10000 Kms de voies communales.

c)- Agriculture. 11283 exploitations agricoles, ce qui correspond approximativement à 14000 exploitants et conjoints (chiffres à valeur ponctuelle, donné par la chambre d'agriculture, par téléphone le 28/1/2002.

L'agriculture représente 22300 emplois en équivalent temps plein (télégramme de Brest, supplément du 20/4/2000, page 10), ce qui la classe au 3ème rang national. Le pourcentage de ces emplois dans le département est de 9%, soit le double de la moyenne nationale.

d). Mer. 4450 marins recensés (toutes catégories hors militaires)

9000 sous-officiers retraités de la marine nationale (télégramme Brest 19/12/2001). (Cette catégorie de personnes, plus connue sous le nom de "fayots" représente un type sociologique, selon l'expression de Anne Denez Martin, ex présidente de l'association des écrivains bretons, dans son ouvrage "Les ouvrières de la mer", page 99).

e). Population. 852.418 habitants en 1999. 70% de cette population réside en zone côtière. Les étrangers sont peu nombreux: < 1% au lieu de 6% en France.

f) Répartition. 283 communes-54 cantons

Le Cap-Sizun est l'un de ces 54 cantons

22-Le Cap-Sizun: géographie physique

Le Cap-Sizun est donc situé au bout de l'Europe, à l'extrémité ouest de la France. Une vallée principale, peu profonde, orientée ouest-est, depuis la baie des Trépassés jusqu'à la rivière du Goyen, est encadrée par 2 lignes de crêtes qui se jettent dans la mer: une à la Pointe du Raz, l'autre à la Pointe du Van. La partie nord , bordée par la mer en baie de Douarnenez, est constituée de falaises hautes et abruptes, donc dangereuses. Quelques criques de sable, découvertes à marée basse: Le Millier, Pellay, Lesven, Pors Kanapé, Loédec, Théolen, sont parfois utilisées par les vacanciers et les ''indigènes'', généralement bons nageurs ou aventureux. (La plage de Porspiron en Beuzec est accessible à tous les niveaux de marées). L'extrémité ouest de cette partie nord se trouve à la pointe du Van sur laquelle se trouve la chapelle de saintThey. (Van signifie sommet, point culminant d'après Roger Gargadennec). On y trouve également quelques petits ports: Lanvers, Heign Has et Brézellec.

La partie sud est également bordée par la mer (Atlantique), et se caractérise par de grandes étendues de sable entrecoupant les parties rocheuses: Guendrez, Mezperleuch, Kersiny, Audierne-Esquibien, Cabestan (Saint Tugen), le Loch, ainsi que les petits ports de Porz Poulhan, Audierne et Sainte Evette (Edwett), le Loch, plus quelques abris selon les vents: Porz Loubous, Feunteun Aod, Bestrée. A l'extrémité ouest, la pointe du Raz avec son sémaphore et la statue de Notre Dame des Naufragés (Raz signifie détroit, fort courant selon R. Gargadennec). Entre les deux lignes de crêtes, à l'extrémité ouest, la grande et superbe plage de ''Bae an Anaon'', la Baie des Trépassés, un des plus beaux paysages de mon enfance, avec au nord le petit port du Vorlen, au sud, l'embarcadère de Poulmostrée. Ce dernier est peu connu car accessible seulement à pied et non en voiture par voie de terre. Vorlen et Poulmostrée étaient autrefois utilisés par les îliens de Sein, en fonction des vents, lorsqu'une raison urgente imposait de rallier le continent (évacuation d'un malade par exemple). L'hélicoptère a changé la situation d'isolement de l'île de Sein.

Plusieurs communes se répartissen le long de ces faces nord et sud:

- au nord: Beuzec-Cap-Sizun, Goulien et Cleden-Cap-Sizun

- au sud: Plogoff, Primelin, Esquibien, Audierne, Plouhinec,

soit 8 communes sur les façades maritimes. reste à situer 4 communes dont je n'ai pas encore parlé:

Pont-Croix: le chef-lieu de canton, autrefois centre administratif et lieu de foires et marchés. Fief aussi d'un petit séminaire, aujourd'hui sans séminaristes, Pont-Croix se trouve à l'embouchure de la rivière Goyen, au point de rencontre des eaux douces et saumâtres. La marée remonte d'Audierne jusqu'à Pont-Croix, à travers un bel estuaire. Coulant de l'est vers l'ouest, le Goyen prend sa source à Plonéis. Il reçoit avant d'arriver à Pont-Croix, les eaux du ruisseau de Lochrist, lui-même alimenté par le ruisseau de la Yun. La vallée du Cap, entre les deux lignes de crêtes précitées, a donc la même orientation que la vallée du Goyen. Je laisse aux scientifiques le soin d'expliquer ce point.

Mahalon et Confort-Meilars: extrémité ouest du canton de Pont-Croix.

Je n'entrerai pas dans la querelle des limites du Cap-Sizun. Ces deux communes existent. Elles font partie du canton, et de la communauté de communes dite du Cap-Sizun. Elles font donc intégralement partie de cette étude.

Île de Sein: Elle ne fait pas partie de la communauté de communes. je laisse encore aux scientifiques le soin d'expliquer si elle était autrefois rattachée au continent. Je n'entrerai pas non plus dans la querelle de la "ville d'Ys", située ici selon les uns, là-bas selon les autres. D'après le R.P Richard (OMI) , l'île fut habitée bien antérieurement au druidisme gaulois; Elle pourrait à elle seule, faire l'objet d'une étude complète. Comme elle n'a pas de cadastre ni d'impôts locaux, elle ne fait pas partie de la communauté de communes, ni de cette étude qui se limitera donc à 11 communes.

En conclusion de cet exposé géographique, on peut donc dire que le Cap-Sizun et sa communauté de communes, sont une presqu'île, entourée par la mer au nord, à l'ouest et au sud, se terminant à l'est par une limite administrative assez floue, qui a valeur de limite comme toutes les limites et frontières, et dont il faut bien-sûr tenir compte, quand elles ne sont pas obsolètes et entrave au développement économique, voire à l'intérêt général. Je rappelle à ce sujet le terme "Finistérisation" utilisé dans un rapport de la DATAR (délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale), et le propos d'un homme politique connu:

"Belfort doit cesser d'être un Finistère" (télégramme de Brest:12/ 1/2000)

Mais, avant d'aborder l'étude détaillée du Cap, et pour mieux comprendre les choses, il n'est peut-être pas inutile de se pencher un peu sur l'histoire. Les grands évènements forgent le tempérament des individus, et les Capistes ne manquent ni de tempérament ni de références historiques.

Place à l'histoire

Un peu d'histoire

(pour essayer de comprendre )

1- Histoire Ancienne-Préhistoire;

Tout le monde a entendu parler des fouilles entreprises sur le site de "Menez Dregan", commune de Plouhinec. L'association "Ouest Cornouaille Promotion" a publié une brochure à ce sujet:"Sur la trace des premiers hommes". On peut donc s'y reporter pour apprendre tout ce qui a trait à "l'homo-erectus" ou "l'homo sapiens", nos grands ancêtres. Je ne m'y étendrai pas.

Dans son étude sur Goulien, l'ethnologue Christian Pelras note que le type Atlanto-Méditerranéen est très répandu sur nos côtes. Soit, j'accepte pour ma part cette étiquette qui porte le nom de l'océan Atlantique et de la mer Méditerranée. Donc, beaucoup de sel dans mes racines. Il signale aussi que la théorie qui a longtemps prévalu veut que les ancêtres des bretons actuels soient, non pas les anciens Armoricains, mais les Bretons insulaires qui, pour fuir les envahisseurs Anglo-Saxons avaient émigré sur le continent au Vème et VIème siècle. Cette théorie est discutée aujourd'hui, puisque le chanoine Falc'hun considère que la langue bretonne actuelle dérive pour l'essentiel du gaulois.

Daniel Bernard (Cleden-Cap-Sizun-monographie page 19) écrit que ''bien avant l'arrivée des bretons insulaires, le Cap-Sizun a été habité par des peuplades de race et d'origine diverses''. C'est le point de vue du chanoine Falc'hun. Notons tout de même au passage son étude sur l'oppidum de Castel Meur, dont le nom signifie ''grande forteresse''.

Quant aux chercheurs d'Esquibien (Bugale Ar Gannaek), ils écrivent ce qui suit:

- Ier siècle avant Jésus-Christ: la peuplade gauloise qui habite en Armorique s'appelle les OSISMES.

- Vers 850 avant Jésus-Christ: les Celtes s'établissent en Bretagne

- 56 avant Jésus-Christ: les peuples armoricains se soulèvent contre le conquérant romain, sous le commandement des Vénètes. . Les Osismes en font partie.

- 51 avant Jésus-Christ: conquête de la Gaule par Jules César.

- Vers 20 avant Jésus-Christ: de cette époque date le premier réseau routier important.

Deux tronçons de voies romaines desservent cette région:

- de Carhaix à la Pointe du Van, en passant par Douarnenez

- de la Pointe du Raz à Vannes en passant par Pont-Pren.

Je laisse à chacun la responsabilité de ses affirmations, puisque, au fond, c'est le passé lointain, pour citer l'ouvrage édité par "Skol Vreiz": Histoire de la Bretagne et des pays celtiques (page 11):

Les Celtes proviennent des ''Champs d'urnes'', un rameau de la grande famille indo-européenne qui incinérait ses morts pour en placer les cendres dans de grandes urnes, vers 1500 avant notre ère. Du côté de l'occident, GOIDELS (gaéliques) d'abord, Bretons ensuite, Belges enfin, s'établissent à partir du Vème siècle avant Jésus-Christ dans les îles britanniques.

En fait, (page 12) les anciens Celtes, tout comme aujourd'hui le plus grand nombre des Bretons ou des Irlandais , devaient être de taille moyenne, avoir les cheveux châtains et les yeux noisette et ''si l'on veut savoir à quoi ressemblait un gaulois, regardons-nous dans la glace''. Par ailleurs, les Celtes ont le ton menaçant, hautain, tragique; ils ont un sentiment familial et le goût de l'indépendance.

Gast !! (juron breton sans équivalent décent en français). avec tout cela, si je ne sais pas qui je suis et d'où je viens, il me restera à renier Père et Mère !!!

Trève de plaisanterie. Pour comprendre le Cap-Sizun d'aujourd'hui, il n'est peut-être pas nécessaire de commencer les recherches à la Préhistoire. L'époque plus récente qui commence avec le conquérant Jules César et Vercingétorix, jeune noble Arverne (qui fut étranglé dans son cachot) et qui s'étend tout de même sur 2000 ans doit être suffisante. Notre terroir a donc subi les invasions romaines puisqu'on en trouve les traces sur le terrain qui, à l'époque, était peuplé de Celtes. Y-a t'-il eu croisement de sang celte, romain et armoricain ? C'est vraisemblable, et probable, comme dans toutes les conquêtes. A cette époque, les Bretons n'étaient pas encore implantés en Cap-Sizun. Ils résidaient dans l'île de Bretagne, actuelle Grande Bretagne qui, sans entrer dans le détail, fut envahie par les Germains au IVème, Vème et VIème siècles. Cette invasion provoqua l'émigration des Bretons insulaires vers la Gallice en Espagne et vers la Bretagne, donc vers chez nous. Nos ancêtres plus récents seraient donc partis de ce qui est aujourd'hui le Pays de Galles (Wales en anglais-capitale Cardiff), et la longue péninsule constituant l'extrémité sud-ouest de l'Angleterre: Devon, Corwall, Cornouaille anglaise, bien connue des voyageurs et des marins: Plymouth, Falmouth, Cap Lizard etc..

D'après Hyacynthe Le Carguet, percepteur à Audierne de 1880 à 1911, qui a publié en 1916 "Petite chronique de Monsieur Sainct Tugen", (bulletin de la société archéologique du Finistère ), Saint Tugen serait venu d'Angleterre (Bro Saoz). Il note par ailleurs que l'Irlande est le pays des saints.

Le chanoine Perennès (Saint Tugen au Cap-Sizun-1936) quant à lui écrit:

"C'est à la fin du Vème siècle qu'abordèrent en notre pays les Bretons d'Outre Manche, chassés par les Anglo-Saxons. Ils apportèrent avec eux leurs traditions, leur langue, leur foi chrétienne. De pieux missionnaires les accompagnent, qui vont fonder les premières paroisses. Pendant 2 siècles encore, le mouvement d'émigration va continuer et le christianisme se développera en Armorique jusqu'à l'époque de l'invasion normande".

Soit! Mon but n'est pas d'établir la réalité historique de nos origines. simplement d'essayer de comprendre. alors ! Comment nos ancêtres ont-ils traversé la mer ? Peut-être à bord de bateaux de pierre comme celui de Saint Conogan, saint patron de la chapelle de Lescogan. On peut admirer ce "bateau" près de la pointe du Millier à Beuzec. A moins qu'il ne s'agisse de bateaux en cuir, plus connus sous le nom de "curraghs".

Toujours est-il qu'ils son arrivés chez nous par voie maritime, avec femmes et enfants, et surtout leur encadrement religieux. et c'est ainsi que tout commence, pour ce qui m'intéresse.

2- Histoire plus récente (avant la révolution).

"Un peuple qui oublie son histoire, est un peuple qui va mourir de froid". (Pierre Schoendoerffer)

"L'histoire est un grand présent, et pas seulement un passé". (Alain, de son vrai nom Emile Chartier-1868-1951)

21- Le roi Gradlon et le roi Arthur.

Le roi Gradlon régnait au Vème siècle. Son premier ministre aurait été Saint Guénolé. Nous voici dans la légende de la Ville d'Ys, car le Cap tout comme la Bretagne est aussi une terre de légendes. On peut consulter plusieurs ouvrages traitant de cette ville engloutie par les flots, et que certains situent en baie de Douarnenez ou à la baie des Trépassés (étang de Laoual ou Raz de Sein ?). Je ne m'y étendrai pas pour parler de choses moins connues.

 

 

Le roi Arthur, chef légendaire gallois, anima la résistance des Celtes à la conquête anglo-saxonne (fin Vème début VIème siècles). Ses aventures ont donné naissance aux romans courtois du cycle d'Arthur, appelé aussi cycle breton ou cycle de la table ronde (cf:Larousse). Sa renommée magique a traversé la mer. La forêt de Brocéliande, Paimpont, le Val sans Retour, tous ces noms sont bien connus dans la région de Coëtquidan, fief de l'actuelle école de Saint-Cyr. N'oublions pas l'enchanteur Merlin et la fée Viviane, Tristan et Iseult, et la déjà nommée Ville d'Ys.

La marche du roi Arthur

(cf: Barzas Breiz. Vicomte Hersart de la Villemarqué

Deomp, Deomp, Deomp, Deomp, Deomp, Deomp d'ar Gad'

Deomp, Kar, Deomp Breur, Deomp Mab, Deomp Tad

Deomp,Deomp,Deomp Holl ! deomp'Ta Tud Vad

Kalon am Lagad ! Ha penn am Brec'h

Ila laz am blons, Ha traon ka krec'h

Ha Tad am Mab, Ha mamm am merc'h

D'eom' ta Tud Vad

Allons, allons allons allons allons allons au combat, allons parent, allons Frère, allons Fils, allons Père, allons tous allons donc hommes de coeur, Coeur pour oeil, Tête pour bras, et Mort pour blessure, dans la vallée comme sur la montagne, et père pour fils et mère pour fille, Allons tous hommes de coeur.

Avez-vous entendu cette marche interprétée par 4 ou 500 choristes dans une cathédrale comme celle de Quimper , Avez-vous entendu cette marche interprétée par la chorale d'hommes "Mouez Paotred Breiz", choeur d'hommes de Bretagne (direction: Jean Marc Airault). Non ! Alors , allez l'entendre à la première occasion ! Oui, alors vous savez que vous avez senti le sang breton couler dans vos veines, vous avez senti que vous étiez breton, ce qui n'est pas une nationalité mais un tempérament. Gast ! C'est vrai non ! Sans compter que lorsqu'on chante le

Bro Gozh ma Zadou

C'est l'apothéose ! les Gallois chantent leur "Wales" sur le même air

Ni Breizhiz a galon karom hon gwir vro

Brudet eo an Arvor dre ar bed tro dro

Dispont kreiz ar brezel, hon Tadoù ken mad

A skuillas eviti o gwad

O Breiz, ma Bro, me gar ma Bro

Tra ma vo'r mor vel mur

N'he zro, ra vezo digabest ma Bro

Nous, bretons de coeur, aimons notre vrai pays, le pays d'Armor est réputé à travers le monde, Téméraires au coeur de la guerre, vos pères si bons, versèrent pour lui leur sang. O Bretagne, mon pays, j'aime mon pays. tant que la mer comme un mur l'entourera, que soit libre mon pays.

 

Alors, quand on lit dans l'histoire de la Bretagne (Skol Vreiz-page 24):

"Une des causes essentielles de la relative faiblesse militaire des Celtes, résidait dans leur conception de la guerre....Les Celtes concevaient la guerre comme un ensemble de combats singuliers où chacun cherchait surtout à faire la preuve de son courage et de sa force".

GAST ! GAST !

(traduction dans le petit dictionnaire des plus belles injures bretonnes

de Martial Menard)

C'est sûrement après avoir étudié cette histoire que Henri Queffelec, l'écrivain breton qu'on ne présente pas, a pu écrire (cf: Pointe du Raz au bout du monde-éditions Jos):

"Un Capiste c'est un gars qui n'a peur de rien".

Bon ! Je suis parti du Vème siècle, pour arriver au Capiste, mais je suis toujours dans l'histoire ancienne. Il faudrait pourtant parler de la révolution ! Il y a tant de choses à dire ! Mais j'ajoute que je laisse à Henri Queffelec la responsabilité de son propos car j'ai connu la peur, pas seulement au combat, mais aussi dans les rouleaux de "La Gamelle", la célèbre "Gamelle" qui perçoit régulièrement son quota de pêcheurs professionnels ou plaisanciers, devant l'entrée du port d'Audierne. (La Gamelle serait peut-être , selon certains, une trace de l'ancienne "Ville d'Ys"). Malgré ces peurs vécues, je crois être tout de même un bon Capiste, un qui a des racines dans le Cap profond "Ar C'Hap Don", puisque mes parents étaient tous deux natifs de Goulien, au XIX ème siècle. Alors, en bon Capiste, quand il faut y aller, faut y aller.

Deom Deï !!

22- Le combat des Trente.

Dans les grands évènements précédant la révolution, j'ai oublié de parler de Bertrand du Guesclin, du combat des Trente en 1341. (La colonne des Trente se trouve en Morbihan entre Ploërmel et Josselin). J'entends déjà des voix: ''Il a quitté le Cap''. Et alors ! Ecoutez bien: "Trente bretons contre trente anglais, dont Jehan de Beaumanoir, capitaine des Bretons. Beaumanoir gravement blessé, mourant de soif et de fatigue par la perte de son sang, demande à boire, et provoque l'héroque réponse du Chevalier Du Bois:

"Bois ton sang Beaumanoir, la soif te passera"

Réponse qui fait bondir Beaumanoir, et le jette plus ardent sur les anglais. Le chevalier Jehan de Tintiniac participait au combat des trente. Sa descendance sera présente à Pont-Croix en 1883-1884: anecdote à lire à ce sujet dans le livre intitulé :"Le petit séminaire Saint Vincent", du chanoine René Gougay. Alain de Tintiniac, fils du marquis, était pensionnaire de ce séminaire, où il eut l'occasion de rappeler le combat livré par son ancêtre. Alors ??? Comme Pont-Croix est dans le Cap...les Capistes ne sont pas totalement étrangers au combat des trente. !!!! Non mais alors !!!

Je rappelle à cette occasion que les chevaliers étaient des hommes assez riches pour acheter un équipement militaire et un cheval. Ce n'était pas le cas dans ma famille.

 

A suivre...Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 1

 

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 21:37

 

Ma Bro: Ar C'hap, gwechall suite 1

(Mon pays: le Cap- sizun, Autrefois-suite 1 )

 

23- Quelques grands évènements

1545-1563: Concile de Trente- (Aucun rapport avec les trente précédents. Il s'agit de la ville de Trente en Italie). Le concile définit les dogmes sur lesquels avaient porté la contestation protestante, renforce la discipline dans l'Eglise catholique, et organise la contre-réforme ou "réforme catholique" qui se traduira jusqu'en 1648 par la conquête de plusieurs régions protestantes (Bavière, Rhénanie, Silésie, Pologne ).

1572: massacre de la Saint-Barthélémy. Le 24 août 1572, assassinat de l'amiral de Coligny et massacre des protestants. Le nombre des victimes est incertain. De 2000 à 100.000 pour tout le royaume ? C'est le début de la 4ème guerre de religion.

1598 (13/4): Edit de Nantes. Henri IV accorde la liberté religieuse avec des restrictions. La Bretagne avait des places fortes protestantes: Josselin et Pontivy appartenaient aux Rohan. Le duc de Rohan était le gendre de Sully. L'édit met fin aux guerres religieuses.

On pourrait encore citer pour compléter les grands évènements et la liste des personnages:

- Les combats de la Ligue en 1589

- La présence des Espagnols dans la presqu'île de Crozon en 1590. (à Roscanvel en mars 1594- Les Espagnols étaient venus aider les catholiques à éliminer les protestants.

- Et plus encore: La Fontenelle, le marquis de Pontcallec,( la forêt de Pontcallec se trouve dans la vallée du Scorff) dont la gwerz est chantée par Gilles Servat, la peste du XVIème siècle qui vit les habitants de Plogoff émigrer vers l'île de Sein, le naufrage de Monseigneur Iustiani à Plouhinec en 1684, le naufrage des "Pardonneurs" de Saint Tugen dans le port d'Audierne en 1725, sans oublier les grands corsaires et flibustiers:

Jean Bart (1650-1702), Dugay Trouin (1673-1736), Surcouf (1773-1827). En effet, au XVIème siècle, les protestants tenant de la liberté des mers, trouvèrent dans la flibuste les moyens de combattre la toute puissance catholique espagnole. Basée dans les Antilles, elle s'éteindra après la mise à sac de Carthagène en 1697, mais passera aux mains des pirates. Ces derniers installeront leurs bases aux Bahamas et arboreront le "Pavillon Noir".

Certes, les évènements précités ne sont pas tous directement capistes, mais le Cap n'est pas un vase clos sans contact avec l'extérieur. Il a subi lui aussi l'influence de l'histoire en général. Mais, pour rester un peu plus capiste, on peut se rapporter à un petit ouvrage édité en 1997 par la communauté de communes du Cap-Sizun, et qui s'intitule:

Le Cap-Sizun en histoires

Beaucoup de ces évènements ont eu lieu à une époque lointaine, et certains même alors que la Bretagne n'était pas encore française.

24- La Bretagne devient française

En 1491, Anne de Bretagne épouse Charles VIII, mais elle reste duchesse et souveraine de Bretagne. Veuve, elle épouse Louis XII. A sa mort, sa fille Claude de France hérite du duché. Elle épouse François d'Angoulême, François Ier.

En 1532, Claude cède son duché à la couronne. François Ier fait ratifier cette union définitive de la Bretagne et de la France par le Parlement de Vannes.

Les Bretons venaient de devenir français, de la province de Bretagne. Ce fut le cas de mes ancêtres et de leurs descendants, dont moi-même un Plouk du

"Cap profond"

"Ar C'hap Don" .

3- La révolution et après

Dans les derniers jours de mars-avril 1789, chaque localité bretonne voit se tenir une réunion à laquelle sont convoqués tous les hommes ou plus exactement ceux qui sont majeurs, c'est à dire âgés de 25 ans au moins, et imposables.

C'est de ces assemblées que sont sortis les cahiers de doléances, des dizaines de milliers de cahiers de paroisses et de villes ont ainsi été rédigés en France, textes naïvement adressés au Roi.

"Nous prions Sa Majesté"

Il s'agit de Louis XVI, souverain depuis 1774. Ils ne sont jamais bien-sûr parvenus au Monarque, et ce n'était d'ailleurs pas leur destination.

31- Rappel de quelques données

311- D'ordre social

- En 1789, tous les évêques sont nobles

- Dans l'armée il faut, depuis 1781, pour devenir officier, fournir la preuve de 4 quartiers de noblesse, c'est à dire la présence de sang bleu chez ses 4 grands-parents. Confronté à cette situation, je n'aurais, pour ma part, pu ambitionner autre chose que "Anspessade", selon le vocabulaire utilisé par Daniel Bernard (monographie Cleden-pages 304 à 307). Il s'agit selon lui, d'un aide-caporal que le Larousse définit comme "Bas officier dans l'infanterie française au XVIème siècle. Pauvre roturier de moi-même !!!

- Le Tiers état représente 95% des Français. Conclusion: la noblesse et le clergé ne représentent que 5%.

- La dernière session des Etats de Bretagne s'est tenue à Rennes, en décembre 1788-janvier 1789;

Nos anciens vont donc être amenés à s'exprimer dans les cahiers de doléances. Ils utiliseront à cet effet des termes moins connus aujourd'hui, qui font partie des souvenirs et de l'histoire.

312- Unités de mesure-

Arpent: ancienne mesure de surface agraire, d'environ un demi hectare (voir journal). Le dictionnaire parle d'une mesure agraire divisée en 100 perches et variable selon les localités de 35 à 50 ares.

Aune: mesure de longueur d'environ1,20 mètres

Boisseau: mesure de capacité pour les matières sèches, (et instrument de cette mesure). Contenance variable selon les localités : boisseau de Paris=12,5 litres, Morlaix=11,2 litres (boisseau pour le froment), Landevennec 107,1 litre- variable aussi selon que la mesure est rase ou comble.

Corde: unité de surface valant environ 60 m2. Un hectare = 166 cordes- également ancienne mesure de bois valant 4 stères (mesure évaluée avec un corde qui faisait le tour du tas de bois. Encore utilisée dans mon jeune temps)

Denier: monnaie valant le 1/12 d'un sol. Le denier sert aussi à exprimer des taux d'intérêt: ainsi le denier vingt équivaut à 1/20 soit 5%.

Journal: mesure de superficie équivalent à un demi hectare (voir arpent). Le dictionnaire parle d'une mesure de superficie correspondant à la quantité de terrain qu'un homme pouvait labourer en un jour. Nos pères disaient: "Devez arad".

Lieue: mesure de longueur équivalent à un peu plus de 4 Kms.

Livre: en poids la livre valait 489,5 grammes, soit un demi kilo. En monnaie, donnée variable remplacée en France par le franc (puis l'euro)

Pinte: mesure de capacité d'environ 1 litre

Pot: mesure de capacité valant un peu moins de 2 litres

Quartier: mesure de capacité pour les grains valant 4 boisseaux

Sillon: unité de superficie

Sol: décime

Tierçon: mesure pour les liquides valant 1/3 de la mesure entière

Vingtième: impôt direct sur les revenus.

Dans son livre consacré au couvent des Capucins d'Audierne, Paul Cornec apporte des précisions concernant la table de multiplication de nos pères, à savoir:

1 toise=6pieds, 1 pied=12 pouces, 1 pouce=12 lignes

1 marc d'argent=8 onces, 1 once=8 gros, 1 gros=12 grains

1 tonneau=3 pipes, 1 pipe=8 boisseaux, 1 boisseau=4 cribles

313- Quelques termes-

Afféagement- Concession faite par un seigneur de tenures (sur ce qu'il dit être son domaine). Mais les communautés rurales considèrent qu'il s'agit d'appropriations indues de terres collectives

Annates: droits de mutation payés au Pape sur certains bénéfices (évêchés, abbayes..)

Aunage: mesure à l'aune (voir aune ci dessus)

Aveu: Acte écrit par lequel un tenancier décrit les terres qu'il tient d'un seigneur et "avoue" les obligations qu'il a envers lui

Banalités: monopole économique des seigneurs obligeant les paysans à utiliser un four ou un moulin donné

Bannies: Proclamation publique d'un ordre, d'une défense, d'une vente...

Bâtards: l'entretien des enfants trouvés incombe aux communautés, qui trouvent cette charge d'autant plus insupportable que les seigneurs héritent des bâtards morts sans héritiers

Bicêtre: établissement servant à la fois d'hospice et de maison de correction

Capitation: impôt créé en 1695 (versement au trésor d'une somme forfaitaire)

Cens: redevance annuelle due au seigneur, souvent peu élévée, qui marque la reconnaissance de la dépendance à son égard

Censive: terre assujettie au paiement d'un cens

Centime denier: droit de succession de 1% payé au roi

Champart: redevance due aux seigneurs, proportionnelle à la récolte

Clôtures- id° afféagement

Congrues: sommes versées par le décimateur au recteur et au curé. (portion congrue: 500 livres pour le recteur, 250 livres pour le curé)

Contrôle: droit à payer au roi sur tous les actes passés devant notaire

Corvées des grands chemins: obligation faite aux paysans de construire et d'entretenir les routes royales

Corvées féodales: prestations en nature dûes au seigneur (charrois, travail des champs)

Coutume (droits de..): redevance payée au seigneur pour les denrées vendues dans sa seigneurie

Décimateur: celui qui bénéficie des dîmes d'une paroisse

Devoirs: impôt perçu sur les boissons

Dîme: part des récoltes revenant à l'Eglise

Domaine congéable: Le tenancier ou domanier ou colon est considéré comme propriétaire des édifices et superficies, bâtiments, fossés et talus, une partie des arbres... Le seigneur, s'il veut le congédier doit donc lui rembourser les droits réparatoires

Egailleur: personne chargée de la répartition d'un impôt à l'intérieur d'une paroisse

Fabrique: ensemble des biens appartenant à une église

Feu: ensemble de personnes vivant autour d'un même foyer

Franc-Fief: taxe due par un roturier acquérant un fond noble

Fouages: impôt direct perçu sur les roturiers

Gabelle: impôt indirect portant sur le sel, dont la Bretagne est exempte

Greffier: officier seigneurial particulièrement impopulaire

Guet: milice

Impôt et billot: droit sur les boissons

Lods et ventes: droit de mutation payé au seigneur par les acquéreurs de terres roturières, équivalent à 1/8 du prix de vente

Maltôte: Perception de l'impôt. Taxe extraordinaire levée en France à partir de 1291, durant quelques décennies, sur toutes les marchandises

Maréchaussée: ancêtre de notre gendarmerie ( à l'époque, 200 hommes pour toute la Bretagne)

Marguillier: gestionnaire des biens de la paroisse (id° le fabrique)

Milice: obligation militaire

Motte (droit de..) coutume venant du servage, permettant au seigneur d'hériter des terres d'un paysan (mottier) décédé sans fils

Moute: (droit de ..) obligation de suivre un moulin

un moulin restauré (partiellement) à Primelin

Paroisse: circonscription de base, non seulement pour les questions religieuses, mais également pour les affaires profanes

Pavage: droit payé pour l'entretien des chaussées

Rachat: droit de succession payé au seigneur sur les terres nobles

Roturier: tout homme qui n'est pas noble

Taille: fouages en Bretagne

Tenue, tenures: héritier roturier dépendant d'un seigneur

Trêve: succursale d'une paroisse (Audierne était une trêve de la paroisse d'Esquibien)

Vache: les pauvres qui ont la chance d'en avoir une, ne peuvent la nourrir que sur le bord des chemins ou dans les terres communes (j'ai vu dans mon jeune temps des gens sans terre promener leur vache au bout d'une longe, sur le bord des routes. Il existe encore des ''communs de villages'').

Vingtièmes: impôt direct sur les revenus essentiellement ceux qui proviennent des fonds ( et donnant lieu à des fraudes en l'absence de cadastre). Les propriétés ecclésiastiques en sont exemptes;

******

Le rappel de ces quelques termes permet de mieux comprendre le langage de l'époque, et aussi d'évaluer, à l'occasion, le contenu des cahiers de doléances;

******

32- Les cahiers de doléances-(document de travail: thèse de Jacques Delroeux, page 107).

Aujourd'hui 7 avril 1789, en l'assemblée convoquée au son de la cloche en la manière accoutumée, ont comparu au lieu ordinaire des délibérations, par devant nous Pierre Baraou, Jean Guezennec...Jean Moullec etc....tous nés français ou naturalisés, âgés de 25 ans, habitant et compris dans le rôle des impositions de cette paroisse composée de 100 feux et 25 simples locataires de maisons, ou à peu près, lesquels pour obéir aux ordres de Sa Majesté portés par ses lettres données à Versailles le 24 janvier 1789 pour la convocation et tenue des Etats Généraux ....Ordonnance de Monsieur le Sénéchal de Quimper dont ils ont déclaré avoir une parfaite connaissance tant par la lecture et publications ci-devant faites au prône de la Grand-messe de cette paroisse par Monsieur le Recteur le dimanche 5 du présent mois....etc

C'est ainsi que commence le procès-verbal de l'élaboration du cahier de doléances de la paroisse de Goulien, qui a été signé par ceux qui savaient signer, ce qui n'était pas le cas de mon glorieux ancêtre... (homonyme). Goulien est une bonne référence pour le Cap, mais cette commune n'est pas tout le Cap. Je suis donc allé consulter la thèse de Jacques Delroeux, chercheur Belge, élaborée en 1979. Il s'agit d'une thèse de Doctorat d'Etat ès Lettres et sciences humaines (Université Paris V-Sorbonne). Son étude concerne Plogoff, Cleden-Cap-Sizun, Goulien, Primelin et Esquibien.

321- Plogoff-

- suppression du domaine congéable, du droit de moute

- suppression des frais d'inventaires pour les biens des mineurs

- Règle uniforme pour les rachats, à tant le journal

- Suppression des droits imposés sur le tabac

- Suppression des juridictions seigneuriales

- Vin et eau de vie au même prix pour tout le monde

- Situation de la paroisse qui est très ingrate, ne formant qu'une montagne aride, battue en sa plus grande partie par l'océan, éloignée du commerce, grevée par la perte de près de 200 marins que la dernière guerre nous a enlevés et par le nombre prodigieux de pupilles qui en sont les victimes.

- Création d'une municipalité à Pont-Croix.

Plogoff: Kerguidy-Izella

 

 

322- Cleden-Cap-Sizun

Environnement chapelle et fontaine de Saint Tugdual

 

 

 

 

 

- Suppression des grands fiefs, des justices seigneuriales

- Réduction des moines. Création d'une somme pour ceux qui subsistent

- Suppression du droit de moute, domaine congéable, règle uniforme pour les rachats à tant le journal, suppression des droits imposés sur le tabac

- Simplification des frais d'inventaires pour les biens des mineurs

- Suppression des droits de coutume pour les foires et marchés

- Simplification dans l'administration

- Prendre en compte la "position critique du Cap", terrain aride, battu par les tempêtes et par la mer, continuellement exposé à perdre ses récoltes, même ses habitants presque tous marins et les premiers appelés au service de la marine royale à Brest, ce qui occasionne un nombre considérable de veuves et de pupilles exposés à toutes sortes de besoins, dans un terrain sans ressources, sans bois.

- Dans toute l'étendue du royaume, "qu'un seul et même poids et mesures, et qu'il soit accordé à l'agriculture et au commerce le plus de liberté et d'encouragement possible, et que les pêches nationales soient particulièrement protégées".

- Qu'on prenne en considération le port d'Audierne, situé entre les deux plus mauvais passages de la côte de Bretagne, la Pointe du Raz et Penmarch.

- Etats généraux périodiques

- Création d'un bailliage à Quimper

- Réduction du Parlement: moitié nobles et moitié roturiers

- Création municipalité à Pont-Croix pour répartition des impôts

323: Goulien.

Chapelle de saint Laurent au village de Lannourec

Les habitants se trouvent charmés des résultats des demandes faites pour le Tiers Etat...à l'Hôtel de Ville de Rennes....à l'exception des grands chemins et le tirage au sort...De même les habitants demandent....qu'en cette province les bois deviennent très rares...Il se trouve d'une cherté extraordinaire, qu'on est déjà surpris de voir et d'entendre le prix d'une paire de sabots..

C'est ainsi que s'exprimaient mes Anciens à Goulien, qui demandaient donc:

- La solution au domaine congéable et particulièrement au problème des "bois qui sont d'une cherté extraordinaire". ( La raison est que les seigneurs sont les maîtres de tous les bois qui croissent sur les terres de leurs domaniers).

- Suppression du droit de moute

- Egalité du prix de l'eau de vie entre les trois états ou chacun selon sa faculté

- Suppression du droit d'amener des étalons étrangers

- Donner un règlement fixe sur les corvées, les rachats aussi règlés par par cordes, par journal ou autrement

- Régler les rentes en blé

- Suppression du droit de congédiement dans le cas du domaine congéable

- Simplifier les formes des procédures dans l'administration de la justice, afin d'en diminuer les frais et els longueurs.

324- Primelin-

Chapelle de saint Tugen, la cathédrale du Cap

 

- Permettre aux domaniers de bâtir pour leur commodité, suivant l'usage du pays

- possibilité pour les domaniers de couper les bois pour leur utilité (liberté de planter en dehors du seigneur)

- suppression du droit de moute

- corvée réduite à 10 sols

- exemption de toutes les corvées par mains

- règlement des mesures à celles du Roi

- Extinction absolue de la corvée des grands chemins

- exemption de tirage au sort pour la milice, garde-côtes et canonniers

- exemption de payer lods et ventes dans les contrats (d'échange) sous les fiefs des seigneurs

- Les fouages doivent être supportés par les ecclésiastiques et nobles

- Imposition du clergé à la capitation en raison de leur richesse (id° pour la noblesse)

- être déchargés de l'entretien des maisons d'éducation de la noblesse, des tâches, gratifications, emplois inutiles, ainsi que du luxe des enterrements, des baptêmes des enfants de nobles.

- exemption des étalons dans ce pays

- abolition des fermes du vin

- Paiement d'un rachat par 40 ans

- Exemption des francs-fiefs

- Que les seigneurs ne peuvent donner la baillée à tierce personne et que s'ils veulent congédier, qu'ils le fassent eux-mêmes

- Les seigneurs ayant des colombiers les gardent en temps et saisons de l'année

- permettre aux habitants des paroisses riveraines, sur les côtes de la mer, de prendre également des goémons que les flots de la mer ont détachés et jetés sur les grèves (je reparlerai plus longuement du goémon auquel je consacrerai un chapitre); Qu'il en vient assez pour toutes les paroisses, pour engraisser leurs terres. Que Primelin puisse sécher sur un terrain indivis et sablonneux situé sur une autre paroisse qui veut nous priver de sa jouissance. (il s'agit de la palue de Treiz Goarem en Esquibien dont la possession a fait l'objet de nombreux et longs procès entre les habitants des deux paroisses).

- Demander la seule religion catholique, apostolique et romaine dans ce royaume

- Députés au tiers en nombre égal aux députés réunis du clergé et de la noblesse

- Que les portions congrues des recteurs, curés et vicaires soient enfin augmentées

 

325- Esquibien

Aujourd'hui encore, il y aurait de quoi exprimer des doléances

Comment être crédibles auprès des enfants auxquels on apprend l'écologie et le tri sélectif des ordures devant de tels spectacles. Sans compter les risques d'explosions, les réservoirs vides contenant des vapeurs d'essence !!

ci-dessous photo de juin 2006

- suppression du droit de moute

- corvée des grands chemins aux frais des 3 ordres

- possibilité pour les domaniers de bâtir des maisons neuves et construire tous autres édifices et couper du bois pour leur usage.

- Suppression de toute espèce de corvée en faveur des seigneurs fonciers

- Egale répartition des impôts en un seul rôle sur les 3 ordres suivant leurs facultés

- Même prix de l'eau de vie pour les 3 ordres

- Conversion des rentes en grains, en rentes constituées perpétuellement

- Abolition du tirage au sort pour la milice de terre, de mer et de côte

- Suppression des justices seigneuriales et création de bailliages et d'une juridiction royale à Pont-Croix

- Liberté de rentrer dans les héritages en remboursant le prix de l'engagement, même après 30 ans

- Que la liberté de congédier ne soit pas cessible

- Suppression du franc-fief

- Egalité des mesures entre seigneurs et le Roi

- Destruction des corbeaux par les propriétaires des 3 ordres de bois

- liberté de faire pouliner les juments par des étalons non royaux

- Non-jouissance de Primelin sur la palue de Treiz Goarem; sinon, on rendra déserts les villages qui l'entourent....et "par là, on réduira à la mendicité une trentaine de familles". (NDLR: Il semblerait que la rivalité entre Esquibien et Primelin ne date pas d'hier. Nous en reparlerons).

- Que la paroisse d'Esquibien est très pauvre, et paie beaucoup en fouages et capitation

- Liberté du commerce des grains

- Aider les gens qui, après avoir travaillé au service maritime, sont dans la détresse

- interdire aux propriétaires de brebis de les laisser pâturer dans les communs ou sur les terres chaudes ou froides

- Représentation du Tiers aux états égale à celle des 2 autres ordres réunis, voix par tête

 

 

326- Audierne

Doléances !! Certainement !! Toujours d'actualité

Faites comme je dis et non comme je laisse faire. Et les ordures s'entassent dans la ruine à l'entrée. L'exemple vient d'en haut !!

Une rue d'Audierne qui porte le nom d'un vaillant patron de bateau de sauvetage:

René Autret

20 mètres plus loin

 

 

Et l'intérieur de la rue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les cahiers de doléances d'Audierne ont fait l'objet d'une insertion au bulletin municipal de 1999, sous la plume de Paul Cornec. Ils ont donc été portés à la connaissance du public local, et expriment globalement des revendications identiques aux autres paroisses. Quelques différences cependant, qui tiennent essentiellement au fait qu'il s'agit d'un port très pauvre. Par exemple:

- Qu'il plaise à Sa Majesté de n'accorder désormais des lettres de noblesse que pour services rendus à la Patrie

- Qu'il soit fait désormais un examen rigoureux des talents et des bonnes moeurs des personnes qui se présentent pour être promues à un office public

- Que dans le choix des nouvelles impositions on ait à préférer celles qui retomberont directement sur les riches, telles qu'un impôt sur les chiens de chasse, les livrées, les laquais

- Qu'il soit fait un fond pour le soulagement des pauvres, et qu'il soit en conséquence établi des hôpitaux publics qui en manquent. (constat de Cambry en 1795: Audierne est un séjour de misère. Tout manque ici. On n'y trouve ni médecin, ni chirurgien, pas même un accoucheur).

- Que l'éducation publique soit surveillée, et que les établissements d'école gratuite soient multipliés

- Qu'il soit accordé au commerce et à l'agriculture, le plus d'encouragement possible

- Que le port d'arme soit désormais permis à tout honnête citoyen pour la conservation de sa personne et de ses biens !!!!!!

- ....favoriser le commerce. Qu'on s'efforce enfin de détruire l'espèce d'opprobre attachée à la profession de commerçant (Déjà !!!!)

- établir un bureau de poste à Audierne

- Que les pêches nationales soient protégées, que les ports utiles à la marine royale et marchande soient entretenus avec le plus grand soin

- ....le port d'Audierne mérite une attention particulière (naufrages, corsaires), demande d'une école de marine (capucins)

 

327- Plouhinec

 

La commune de Plouhinec est particulièrement pauvre. Sans m'étendre sur les cahiers de doléances de cette paroisse, je prends acte du texte paru dans le bulletin municipal N° 12 de cette commune le 9 mai 2000, sous le titre

"Au temps des fourniers"

"sous l'Ancien Régime...il y avait le droit de four auquel personne ne pouvait se soustraire....Le fournier, au nom du seigneur devait:

- cuire le pain apporté par les habitants relevant de ce four

- obliger les habitants à venir cuire à son four et nulle part ailleurs

- ...Un tiers de la population plouhinécoise était réduit à la mendicité totale, un deuxième tiers était obligé de mendier 6 mois par an pour survivre".

******

Il serait fastidieux de poursuivre cette énumération pour chaque paroisse. Les communes détiennent leurs cahiers de doléances dans les archives. L'ensemble pourrait faire l'objet d'uen étude particulière. Ce n'est pas mon but. Aussi, je signale l'ouvrage de Fanch Roudot, publié à la société archéologique du Finistère et qui s'intitule "De l'Ancien Régime à la révolution-Cahiers de doléances et députés du Finistère en 1789". Je reviendrai cependant plus loin sur le goémon qui représente un enjeu, et auquel je consacrerai un chapitre comme je l'ai déjà dit. Je présente aussi mes regrets aux paroisses (communes) non citées ici: Beuzec, Pont-Croix, Mahalon, Confort-Meilars, dont j'aurai l'occasion de parler plus loin. Toutefois, Pont-Croix mérite déjà une observation.

Les cahiers de doléances de Pont-Croix ont été rédigés par Armand-Louis Tréhot de Clermont (1762-1823), avocat à la cour, membre du Directoire du Finistère et un des signataires du serment du jeu de Paume (le tiers-état jure de ne pas se séparer avant d'avoir donné une constitution au royaume).

******

Pour ce qui concerne le Cap en général, quatre éléments essentiels semblent se dégager:

1 - la pauvreté du pays

2 - le "ras le bol" à l'égard de la noblesse (droit de moute, corvées etc..)

3 - la bonne estime de la population pour son clergé (Primelin demande à augmenter les portions congrues)

4 - l'individualisme des paroisses (rivalité Esquibien-Primelin à propos du goémon)

******

Ces quelque traits particuliers permettent déjà d'anticiper sur le tempérament Capiste, pour mieux le comprendre

33- Les prêtres réfractaires: traque et chasse- (cf: thèse de Jacques Delroeux déjà cité-Monographie de Daniel Bernard- La révolution dans le Cap-Sizun: Corentin Parcheminou) .

 

 

 

 

vues intérieures de l'église de Beuzec

 

A Suivre: Ma Bro: Ar C'hap gwechall suite 2

 

 

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 21:36

 

Ma Bro, Ar C'hap-Suite n° 2

Mon Pays: le Cap-Sizun-Autrefois

 

 

33- Les prêtres réfractaires: traque et chasse- (cf: thèse de Jacques Delroeux déjà cité-Monographie de Daniel Bernard- La révolution dans le Cap-Sizun: Corentin Parcheminou) .

Le chercheur Jacques Delroeux a écrit ce qui suit:

" Dans le Cap, où une population dense, au caractère farouchement indépendant, profondément attaché à sa foi et à ses prêtres, vit de la mer et de la terre, médiocrement fertile et passablement morcelée en petites fermes, la révolution sera surtout caractérisée par une chasse au réfractaire, qu'il soit conscrit ou prêtre".

Il faut aussi savoir que 500 curés de la Bretagne refusèrent, comme tant d'autres, la constitution civile du clergé, et adressèrent à l'assemblée nationale une protestation contre la nouvelle organisation visant à créer une église nationale. [cf: les Bretons et Dieu, par "Buhez", éditions Ouest-France- (un diocèse par département)].

"Le 28 janvier 1790, le district de Pont-Croix est divisé en 9 cantons dont l'un était composé de Cléden, Plogoff, Goulien; chef-lieu: Cléden.

 

 

 

 

 

La constitution civile du clergé a été ratifiée par le Roi le 12 juillet 1790. Le Cap était une vraie pépinière de prêtres, et la plupart refusèrent de prêter serment".

Dans son ouvrage, l'abbé Parcheminou a cité 29 noms de prêtres réfractaires, rien que pour le Cap. C'est important !!

"Bien des fois les habitants recouraient plus volontiers aux bons offices des prêtres insermentés pour la réception des sacrements, pour la visite de leurs malades, et pour l'assistance à la messe dominicale, qu'à ceux du Recteur constitutionnel. Goulien, comme Plogoff, comme Cléden, n'aimait pas les assermentés. On ne trouve à Cléden aucun prêtre constitutionnel contre 5 réfractaires, aucun à Plogoff contre 3 réfractaires, aucun à Beuzec contre 1 réfractaire, 2 contre 4 à Esquibien, 3 contre 4 à Primelin, et 3 contre 4 à Goulien".

En 1793, le département signale que les paroisses de Cléden, Primelin, Plogoff sont celles qui sont le plus fanatisées:

" dans notre district , je redoute surtout la pointe du Cap, Plogoff et Cléden, où je crains qu'il n'y ait des prêtres cachés et usant du fanatisme pour soulever le peuple' écrit-on le 7 avril 1793 à Pont-Croix.

Beaucoup de prêtres réfractaires sont retirés dans leurs familles. plusieurs des insermentés sont partis pour l'exil. La lutte est âpre et implacable pour ceux qui restent. Certains se cachent dans les endroits les plus insolites: Jean Gloaguen, natif de Brezoulous en Cleden, se cache chez son frère, fermier du manoir de Kerazan, ou chez sa soeur, demeurant au hameau natal, dans la "maison du four". La lutte entre prêtres réfractaires et assermentés a opposé des familles entre elles.

A titre d'exemple, et uniquement comme cas concret, j'évoquerai le ces de Jean Guezinguar qui fut Recteur d'Audierne de 1803 à 1809:

 

 

 

 

Natif de Landrer en Plogoff, ordonné prêtre en 1782, il sert successivement à Saint-Segal, puis à Pleyben où il refuse le serment, et se réfugie dans son village natal. Sa cachette est un trou étroit camouflé par une marmite, dans la maison familiale. Il parcourt alors sa paroisse, ''déguisé en laïc'', détournant le peuple chrétien du clergé constitutionnel. Recherché à la fois dans les districts de Chateaulin et de Pont-Croix, il est arrêté dans sa maison paternelle, au cours de la nuit du 2 décembre 1791 et conduit à Quimper. On l'accuse d'avoir entièrement soulevé les paroisses de Plogoff et de Cléden par ses relations avec les prêtres réfractaires... et par ses conseils perfides à sa famille et à un grand nombre de citoyens. Enfermé au château de Brest, il refuse à nouveau le serment constitutionnel, et sur ce motif, est déporté en Espagne, le 2 août 1792. Il y reste 10 ans, en exil. A la publication du concordat, au printemps 1802, il put enfin revenir au pays et fut nommé Recteur d'Audierne. Homme de caractère bien trempé, il mourut à l'âge de 88 ans. Pour l'anecdote, et sans avoir vérifié s'il ne s'agit pas d'une simple coincidence d'homonymie, je signale que environ 200 ans plus tard, un autre Guezinguar, de son prénom Armand, a été ordonné prêtre sur l'esplanade de la chapelle de Notre Dame de Bon Voyage, le 25 juin 1989, par l'évêque de Quimper, Monseigneur Barbu.

A Beuzec, l'abbé Le Bis, recteur de La Feuillée, s'est réfugié pendant 2 ans près de Lesven (lieu connu pour le combat entre les maquisards et les allemands au cours de la 2ème guerre mondiale), dans une caverne: "Kougon ar C'houlmic", la grotte de la colombe. On dit aussi "Toul an Aotrou Bis", le trou de Monsieur Bis. (Ce trou a encore servi de cachette pour échapper aux allemands en 1944). On y pénètre à quatre pattes, à travers un rideau de gouttes d'eau, et la population se charge du ravitaillement. (Je connais personnellement d'autres grottes sur la côte nord du Cap, entre les pointes du Château et de Luguenez à Beuzec, dont l'entrée est masquée par la marée montante. [Monsieur Bis est mort le 4 janvier 1795, sur le bateau Washington qui l'emmenait en déportation].

Il existe aussi des grottes à Plogoff : la "Krambr'Oliar", chambre d'Olivier située sous le "Men Hoter", est une haute caverne dont le portail, visant l'ouest, paraît inabordable. On peut y pénétrer de l'arrière, par un effondrement de voûte. Et encore, :"Kougon Vras", "Kougon Chaloni", "Kougon Beg ar C'houlmed", sans oublier la grotte des prêtres dont l'ouverture à mi-falaise, n'est accessible qu'au moyen de cordes, le long d'une paroi verticale. Les ravitaillements en vivres et les sorties nocturnes s'effectuaient aussi à l'aide de cordes, avec la totale complicité de la population.

A Lescoff, (commune de Plogoff), d'où il était originaire, l'abbé Henry Mevel, vicaire de Plonéour-Lanvern, insermenté en 1790, se cachait dans un puits ou derrière deux pierres meulières garnies de mottes. Après une perquisition infructueuse, un gendarme furieux appliqua au propriétaire des lieux Henry Normant, un violent coup de botte dans les reins. Ce fut la cause du décès de Normant quelques mois plus tard (cf: cahiers de l'Iroise-juillet 1983, selon le chanoine Thomas). Déporté en Espagne, Henry Mevel revint en 1800, retourna à Plonéour jusqu'à sa nomination comme Recteur à l'Île de Sein, puis à Primelin où il mourut en 1819 (cf: Parcheminou).

En 1791, à Cléden, un couple (Marie et Simon Louarn) refuse d'entrer dans l'église pour assister aux obsèques de leur mère, la messe étant dite par un prêtre constitutionnel (cf: Goulien, Pelras page 55).

Le Recteur de Cléden qui avait été élu maire, avait réussi l'exploit de traverser toute la révolution, sans que personne n'ait su, et peut-être ne le savait-il pas lui-même, s'il avait prêté serment ou non. (cf: Pelras page 55).

 

De nombreux prêtres réfractaires furent déportés, parqués sur les pontons de Rochefort jusqu'à leur départ, qui n'avait lieu que s'ils avaient préalablement échappé au typhus. A Nantes, où sévissait le sinistre Carrier, et son bourreau Lamberty (eux-mêmes condamnés à mort et et exécutés plus tard en 1794), pendant la période dite "La Terreur", 90 prêtres dispensés de déportation en raison de leur âge et de leurs infirmités, furent transférés d'une galiote sur une gabare pour être noyés le 16 novembre 1793. (Préalablement, des ouvertures avaient été pratiquées et rebouchées dans ces gabares. Il suffisait de les déboucher pour faire couler l'embarcation et son chargement). Il y eut au total 4500 noyés à Nantes.

A Brest, un ancien capitaine de la marine marchande devenu pasteur protestant, Jeanbon Saint-André, né à Montauban en 1749, représentait le comité de salut public et s'acharnait contre les aristocrates et les prêtres réfractaires. La guillotine était montée en permanence "place du Triomphe du peuple", aujourd'hui place du Château (70 exécutions capitales de février à août 1794). Jeambon Saint-André considérait que le catholicisme était la cause principale de l'ignorance et de la superstition. Il fit détruire les statues des églises par une foule fanatisée (les niches à statues du porche sud de Saint Tugen sont aujourd'hui vides. Les statues du calvaire de Confort ont été refaites)

 

 

 

 

Les questions religieuses font toujours des victimes innocentes, puisqu'elles sont des victimes de la foi, de l'intolérance et des convictions profondes. Tel fut le cas des Albigeois et Cathares immolés sur le bûcher de Montségur (Ariège) en 1244, et des protestants après la révocation de l'édit de Nantes en 1685. Le refus d'abjuration des Réformés entraînait condamnation aux galères du Roi. Les condamnés, attachés jour et nuit à leur banc de galérien subissaient la chiourne, la faim, la soif et les intempéries. Les 2 derniers galériens pour la foi ne furent libérés qu'en 1775. Quant à Marie Durand, soeur d'un célèbre pasteur protestant originaire d'Ardèche, elle fut incarcérée pendant 18 ans à Aigues-Mortes (Gard) dans la "Tour de Constance" , de 1750 à 1768. Sa devise "RESISTER", gravée dans la pierre, est encore visible dans cette forteresse classée monument historique (par ailleurs la ville d'Aigues-mortes est liée aux croisades et à Saint Louis). Sans compter que les guerres de religion ne sont peut-être pas encore finies !! les exemples ne manquent pas: kamikazes, moines de Thibéhirine...etc..L'intolérance, le fanatisme sont toujours d'actualité.Quant au sectarisme politique, il relève carrément de l'imbécilité.

Plus tard, lors des évènements de "chouannerie", des prêtres se trouveront, à leur corps défendant, obligés d'assister à des exécutions, après avoir préparé leurs victimes à la mort. Une des cibles favorites des chouans était les prêtres assermentés, "intrus" pour les réfractaires, "juroux" pour les paysans. (cf: Bretons et Dieu, page 138).

Pour clore ce chapitre, on peut déjà dire que le Capiste est un personnage qui se considère assez grand pour décider lui-même de ce qui convient le mieux, assez grand aussi pour être maître chez lui, tout en étant fidèle à ses prêtres comme à ses convictions. Nous avons déjà parlé de l'individualisme qui est peut-être seulement un trait de caractère dont il faut prendre acte. Soit ! Une remarque cependant: lorsque l'individualisme devient exacerbé, il s'appelle égoîsme et il faut le blâmer, car l'égoïsme est un défaut. Ceci est vrai pour l'individu, mais aussi pour un groupe d'individus, qu'il soit paroisse, commune ou faction quelconque, à fortiori "lobby". L'émulation est toujours souhaitable, la rivalité des personnes ou des communautés quelles qu'elles soient est souvent nuisible à l'intérêt général.

Dans son édition du 18/4/2003, Le Figaro Magasine a publié une interview d'un homme politique français . je cite:

" Je sais très bien que la démocratie, si on la réduit à la loi de la majorité, peut parfois habiller des dictatures ou légitimer la domination d'une ethnie sur l'autre...La démocratie c'est le droit de la minorité, la liberté et la dignité de la personne garanties par une constitution et des institutions qui respectent...."

Car, comme le disait déjà le Prince de Ligne (1795-1894):

Malheur aux gens qui n'ont jamais tort, ils n'ont jamais raison !!

D'aucuns, dans l'exercice de leurs fonctions à la base, au service des autres, seraient bien inspirés en accordant une minute de réflexion à ce propos, après avoir rangé leur nombril !!!

 

 

34-les désertions- (cf thèse Delroeux)

En fin février 1793, la Convention décide une levée de 300.000 hommes pour parer aux débâcles des armées de la république. Cette mesure estimée insuffisante est bientôt suivie de la levée en masse votée le 23 août 1793. Cette décision qui vient s'ajouter à la lutte contre les prêtres réfractaires et les réquisitions incessantes, est très impopulaire. Cléden et Plogoff résistent fortement, bientôt suivis par Primelin. Sur les 32 citoyens de Primelin, 2 seulement se présentent. Ceux d'Esquibien menacent de s'en aller si ceux de Primelin ne viennent pas. Des désertions ont lieu à Audierne en juillet 1793 (les déserteurs sont de Plogoff et Cléden). La recherche des nombreux déserteurs crée beaucoup de soucis aux municipalités cantonales. Le district propose de faire intervenir la troupe aux frais des habitants: 100 à 150 hommes , en provenance de Quimper.

Le foyer d'incivisme est tout désigné: Plogoff !! (déjà !!)

A 6 heures du matin, le 1er novembre 1793, une petite armée de 300 hommes environ, s'avance vers Plogoff en poussant un canon. Le but de cette armée est entre autres de "faire rejoindre leur poste à plus de 80 marins déserteurs qui ont trouvé jusqu'à ce jour un asile sûr..." . Au bout de 3 jours, elle avait arrêté 21 déserteurs.

Les moyens pour éviter d'être réquisitionnés sont multiples. Les archives du district de Pont-Croix signalent:

"Ne vous fiez nullement à la gendarmerie pour ces recherches. Il font prévenir les parents de "sous-mains" (en cachette) qui paient chèrement ces sortes de services, et les jours où ils vont les prendre, ils ne rencontrent personne. La municipalité du lieu leur donne ensuite des attestations qu'ils se sont présentés...Ils prennent encore une autre mesure pour éluder la loy; ils changent réciproquement de communes, celui d'un lieu va demeurer à 10 lieues de chez lui, et le fils de celui-ci va demeurer chez l'autre. (cf: Delroeux). [ Pour l'anecdote, on peut signaler que ce procédé a été repris plus tard, au cours de la 2ème guerre mondiale, pour échapper au STO et aux rafles. J'ai connu personnellemnt un "fuyard" de Cléden , venu travailler dans une ferme à Esquibien, et toujours prêt à s'envoler].

Les déserteurs n'ont peur que de compromettre leurs parents...Le 16 Ventôse An IV (6 mars 1796) , on apprend que parmi les jeunes gens de la 1ère réquisition, 5 de Cléden et 10 de Plogoff n'ont jamais rejoint leur corps, et que 22 jeunes ont abandonné leur drapeau pour rentrer dans le Cap natal.

Le 23 Fructidor an VII (9 septembre 1799), le commissaires des guerres Najac, écrit à l'ordonnateur de la marine à Brest:

"Je gémis comme vous du progrès effrayant que fait la désertion des marins. Il y en a plus de 60, sans compter ceux de l'armée qu'on ne peut atteindre parce qu'ils se tiennent cachés et que les autorités constituées le tolèrent, notamment dans les communes de Primelin, Plogoff et Cléden. Les déserteurs des quartiers de Quimper et Douarnenez y sont également reçus et cachés. Il y a dans la commune de Plogoff, près le Raz, une espèce de caverne dans laquelle ils se réfugient. On leur descend à manger par un trou qu'eux seuls connaissent; ils en sortent la nuit pour aller voler. L'agent de cette commune nommé Noël Criou est marin de la dernière levée. Il les favorise tant qu'il peut. Devrait-il être fonctionnaire public ??

Pour vous faire connaître combien l'administartion du canton de Cléden est coupable, c'est qu'il y a environ un mois, qu'elle a donné des permis d'aller à la pêche à des marins sous le titre de cultivateurs, et ce à l'époque de la moisson (cf: Bruno Jonin- Le Repulse- page 22).

******

Commentaire personnel: le même qu'au paragraphe précédent: le Capiste se veut maître chez lui. Mais les contemporains, ceux qui ont été mêlés à l'histoire plus récente, n'avaient sans doute pas connaissance de l'histoire du passé.

"L'histoire est un grand présent, et pas seulement un passé" ( Alan)

Quant à la psychologie.......c'est bon dans les livres !!!

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35- Les contributions et réquisitions- (cf: Delroeux)

 

 

 

 

Dès le 21 octobre 1791, l'assemblée administrative du district de Pont-Croix protestait que le district était trop imposé, et réclamait une réduction....Des communes entières du district ne sont peuplées que de malheureux et de mendiants...

L'ère des réquisitions s'ouvre en 1793: en mai, vote de la première taxation des blés, en juillet loi sur l'accaparement (déclaration des denrées de première nécessité: farine, pain, viande, légumes, fruits, beurre, combustible..). La loi encourageait la délation en attribuant aux dénonciateurs le 1/3 des confiscations....On réquisitionne les grains découverts (orge, froment, avoine, blé noir, seigle) et on les transporte à Audierne....Les blés doivent être vendus dans les marchés publics, au cours officiel (résultat: les marchés ne sont plus approvisionnés).

La municipalité de Plouhinec écrit au comité de surveillance de Pont-Croix, en janvier 1794:

"on se plaint qu'on ne fournit pas denrées aux marchés, mais comment voulez-vous que nous forcions nos gens à y apporter des grains et autres choses, au prix de la taxe, dans le temps que vous fermez les yeux sur les marchands de votre ville.

Le charroi même, à charge des communes soulevait des contestations: Plogoff, obligé de charroyer tout ce qui est nécessaire au signal du Raz, réclamait contre les communes de Cléden et de Goulien ,plus aisées qui n'y contribuaient jamais. Goulien à son tour protestait qu'étant beaucoup moins étendue et moins peuplée que Cléden, elle devait être plus ménagée.

(Commentaire personnel: Il semblerait que le comportement de certaines communes préfigurait déjà ce qui se passera plus tard, donc de nos jours, dans les communautés de communes. N'oublions pas la situation crée par le goémon à Esquibien et Primelin. Et ce n'est sans doute pas fini !!!)

36- Vente des chapelles-

Elles sont vendues pour la plupart comme biens nationaux à des gens du Cap, le plus souvent même à des paroissiens, à l'exception de:

- Primelin: la chapelle de Saint Théodore qui est attribuée à Joseph Guezno d'Audierne, pour 1500 livres

- Esquibien:la chapelle de Sainte Evette attribuée au même Guezno pour 5100 livres.

Les acquéreurs ont des noms bien de chez nous: Kerloch de Trouzent (Cléden), Carval ou Marzin (Plogoff ). Le meilleur prix est obtenu à Primelin pour la chapelle de Saint Tugen attribuée à Simon Dagorn pour 20.100 livres.

Les chapelles, aujourd'hui joyau du Cap, n'ont pas fini de faire parler d'elles !!

(Je leur consacrerai d'ailleurs un chapitre au titre du patrimoine religieux).

37- Guezno- Voir chapitre particulier

38- Les Capucins d'Audierne (référence: l'ouvrage de Paul Cornec)

Une histoire vieille de trois siècles et demi, dans un parc de 4 hectares constituant un ensemble patrimonial quasiment indissociable. La commune d' Audierne est née dans ces lieux historiques, où fut élu le 31 janvier 1790, le premier maire: Dumanoir (déjà cité; sa tombe se trouve au cimetière de la ville dans le même enclos que celle de Guezno).

Successivement couvent, école d'hydrographie, prison de prêtres réfractaires, caserne, les Capucins sont propriété privée depuis le 7 juin 1795. Le premier attributaire en fut le "citoyen Lécluze Ainé" (François Marie Delécluze, négociant), qui s'empressa d'y installer ses magasins. Le nom des Delécluze porté par François et son frère Christophe dit de Trévoédal (du nom d'une terre de Beuzec) appartient à l'histoire du Cap et d'Audierne. Je l'ai déjà cité à propos de Guezno (voir article Guezno suite 3). On le rencontre à côté de celui de Fenoux (mât Fenoux sur digue Audierne). On le retrouve à Douarnenez (cf: les ouvrières de la mer par Anne Denez Martin) comme propriétaire de conserveries, et à la révolution de 1830 (cf: Guezno page 152: l'adjoint au maire Augustin Delécluze séjourne à Douarnenez pour surveiller les établissements de pêche qu'il possède). Les châteaux de Locquéran en Plouhinec et du Stum à Audierne sont des propriétés réalisées par cette famille. Ils ont chacun leur histoire.

Depuis 1957, la propriété des Capucins appartient à Madame Fenoux et sa descendance. En 1986, la ville d'Audierne fit l'acquisition d'un demi hectare pour un projet de construction de foyer-logement. Ce projet n'ayant pas abouti, le terrain communal a été vendu à un particulier pour une réalisation immobilière. L'avenir dira s'il s'agit de la bonne décision. Pour ma part, j'en doute !! Mais, le temps et les intempéries n'ont pas épargné le domaine: les murs de clôture sont partiellement effondrés, des arbres sont tombés etc..Vraisemblablement en raison du manque de moyens matériels des propriétaires, les choses restent en l'état. Le projet de reconstruction des murs par la ville, en échange d'un bail permettant la réalisation d'un parc public n'a pas vu le jour. Ce projet des responsables d'hier est abandonné par les responsables d'aujourd'hui. C'est encore l'avenir qui jugera, et très défavorablement à mon sens !!!

A l'occasion des journées des journées du patrimoine, le public est parfois autorisé et invité à visiter ces lieux chargés d'histoire. L'occasion de voir de près le confessional des riches et le confessional des pauvres. Ces vieilles pierres attirent un nombreux public et les questions posées sont toujours les mêmes:

"Comment se fait-il qu'une telle richesse patrimoniale ne soit pas accessible en permanence et mise en valeur ?"

Personne ne peut répondre, personne n'est là pour dire pourquoi le projet précité a été abandonné. Seulement un bénévole qui fait office de cicérone.... et la poésie de ces lieux historiques !!

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Le couvent des Capucins fut fondé en 1657 par "Frère Vincent d'Audierne" pseudonyme de Vincent du Menez, né en 1657 au manoir de Lezurec en Primelin. Ce patronyme réapparaîtra plus loin lorsque je parlerai des chapelles et plus particulièrement de Saint Tugen. A l'époque, Audierne était une trêve d'Esquibien et la famille du Menez communément appelée "les Roys du Cap". A la même époque (1656), un évènement exceptionnel s'est produit à Cleden: le seigneur de Kerazan (Nicolas de Saluden, Monsieur de Trémaria) entre en religion. L'importance de l'évènement frappe Vincent du Menez car il s'agit d'un aristocrate comme lui.

La religion des capucins est appelée noble et compte 8.000 capucins répartis dasn 441 couvents.

 

Vue intérieure du couvent

Au début du XVIIème siècle, Audierne est un des ports les plus célèbres de Cornouaille. Le nom des Delécluze figure dans la liste des armateurs;

La trêve d'Audierne (vassale d'Esquibien) souhaite la fondation d'un couvent pour rivaliser avec Pont-Croix, pour le salut des âmes, le bien général et en particulier celui des négociants ( Déjà !!). La construction va durer 12 ans et comporte cloître et chapelle. je renvoie le lecteur à l'ouvrage de Paul Cornec pour en apprendre davantage.

L'hypothèse selon laquelle existerait un souterrain qui s'engagerait sous l'estuaire du Goyen pour aboutir à Poulgoazec n'est pas vérifiée. D'autre hypothèses de souterrains sont parfois évoquées: à Primelin, reliant le manoir de Lezurec à la chapelle de Saint Tugen, à Poulgoazec (Toul ar Zôner communiquant avec la chapelle Saint Jean ou le manoir de Suguensou par dessous la rivière Goyen- cf: Chanoine Perennès- monographie Plouhinec). Elles ne sont pas établies de manière formelle, se référant seulement à la tradition orale (cf: Paul Cornec page 19- Monsieur Guibourg déjà cité).

Les capucins se consacrent à l'enseignement, et les élèves reçoivent des éléments d'hydrographie et des notions de d'enseignement nautique car leur débouché sera la "Royale", la pêche ou la marchande (cf: Paul Cornec page 22). [Un cadran solaire datant de 1660 (ou plus tard, la date étant imprécise) a été dérobé en 1994. Honte à celui, peu scrupuleux et même voyou, qui l'a dérobé].

 

Entrée du port d'Audierne, vue des capucins- le cadran solaire se trouvait à proximité de la croix

Arrive l'époque révolutionnaire. En 1790, élection de Dumanoir, premier maire d'Audierne dans le réfectoire du couvent (déjà cité dans Guezno), constitution civile du clergé, le couvent des capucins devient "la Capucinière". L'école de la marine réclamée par Guezno n'est pas autorisée à s'installer dans ces lieux. En 1792, la Capucinière devient prison pour les prêtres réfractaires. 1793: la Terreur: 23 capucins sont déportés vers les pontons de Rochefort (où ils retrouveront Guezno en mission). D'autres sont guillotinés ou noyés dans les eaux glacées de la Loire (Carrier déjà cité).

Toujours en 1793, le couvent sert de caserne pour les desservants des batteries côtières dressées contre les anglais à Lervily, Pen an Enez etc...Cette situation entraîne des dégradations et un état déplorable constaté par le général de l'armée de l'ouest Canclaux. (Dans la petite ville de Saint Maixent L'Ecole, située dans le département des Deux-Sèvres, une caserne porte le nom de Canclaux). C'est fini. Le couvent devient propriété privée en 1795. En 1801, les bâtiments ont besoin de réparations. FM Delécluze propriétaire refuse d'investir. Les soldats casernés sont logés chez l'habitant. Les Capucins ferment malgré une opportunité en 1808 (école de Meilars) dont je reparlerai dans un chapitre consacré au petit séminaire de Pont-Croix. L'histoire des Capucins s'arrête ici, tout au moins pour ce qui concerne le patrimoine.

Pendant la deuxième guerre mondiale , les capucins abritent le service des "Ponts et Chaussées", dirigé par l'ingénieur Finot, par ailleurs capitaine FFI. L'ingénieur y habite, à proximité de ses bureaux. Puis vint l'Equipement.....!!

******

Je n'ai pas tout dit. Seulement quelques lignes. Le reste est déjà magistralement raconté par Paul Cornec qui conclut:

[Nul nom de rue, hormis la mal nommée ''rue de l'Abbaye'', ne rappelle à l'audiernais d'aujourd'hui le vieux couvent des capucins et sa riche histoire].

Je partage entièrement ce point de vue, mais je fais une réserve: une rue doit honorer le nom qu'elle porte. Certaines rues ne sont pas à la hauteur de leur nom de baptême. Le respect dû à l'histoire implique un minimum de sollicitude. Tel vaillant patron de bateau de sauvetage, 141 sorties à la barre de son canot de sauvetage, sauveteur de 233 personnes, doit partager mon sentiment dans la tombe. A choisir, il préférerait peut-être l'oubli à l'histoire contemporaine !!

L'Histoire; ce riche trésor des déshonneurs de l'homme

(Henri Lacordaire, religieux français -1802-1861)

 

 

Le puits

 

une porte

 

 

 

Une ancienne cheminée

A suivre: Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 3

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 21:35

Ma Bro Ar C'hap gwechall- Suite 3

37-Guezno

Le personnage, son histoire et son oeuvre (référence: le conventionnel Guezno du Finistère: Jean Savina).

Le jacobin sans tâches (Charles Le Goffic)

L'ouvrage cité en référence, intégralement consacré à Guezno, comprend 160 pages. En conséquence, je ne parlerai que de l'essentiel, ce qui me paraît le plus remarquable.

Le nom de Guezno est très connu dans le Cap-Sizun, mais peu de gens savent que ce nom était porté par deux frères: Mathieu, le conventionnel qui vota la mort de Louis XVI, et Joseph qui fut maire d'Audierne de 1801 à 1816. Une rue d'Audierne porte le nom de Guezno, mais il n'est pas précisé duquel il s'agit. Peut-être les deux. En effet, sur le document de référence on peut lire:

"Les Guezno furent de véritables bienfaiteurs d'Audierne. Grâce à eux la ville fut transformée. En 1808, de grands travaux furent faits aux chemins vicinaux. Ces chemins entretenus jusque là par les riverains, chacun au droit de ses propriétés furent refaits;

Une nouvelle route fut percée vers le Raz, entre Kerivoa et le lavoir"

Il s'agit donc de la rue baptisée aujourd'hui rue du 14 juillet, que je connais particulièrement pour y être né et y demeurer. Fort heureusement, je dispose d'un autre accès pour accéder à ma modeste maison (qui me vient de mes parents) car je ne peux m'empêcher de faire quelques remarques:

- Cette route aura donc bientôt 200 ans

- Elle est actuellement bordée de maisons de part et d'autre, ce qui rend impossible tout élargissement. Les autorités départementales viennent d'y faire des investissements: revêtement et surtout matérialisation de stationnements. Pour autant, cette voie n'est pas adaptée à une circulation dense, car les problèmes découlant de la traversée d'Audierne sont insolubles. L'agglomération en elle-même, ainsi que le pont franchissant le Goyen pour rejoindre Plouhinec, constituent des goulots d'étranglement, et génèrent des bouchons particulièrement visibles en période touristique.

- A l'époque de sa construction, il n'y avait pas de voitures, mais des chevaux, des tombereaux et des chars à bancs

- Elle constitue encore aujourd'hui, l'itinéraire principal qui mène à la Pointe du Raz ( 1 million de visiteurs par an certaines années):

En conséquence, on peut se demander si les responsables d'hier, dont certains sont peut-être encore responsables aujourd'hui, qui ont fait capoter tous les projets successifs et cohérents visant à traiter les problèmes de circulation inhérents à notre époque, n'ont pas manqué d'objectivité, de réalisme et de clairvoyance, en ignorant les rudiments de la prospective. A moins qu'ils n'aient choisi de privilégier l'intérêt particulier de certaines causes irréalistes au détriment de l'intérêt général. Il s'avère en effet que cette route n'est plus en mesure d'assurer sa mission d'itinéraire principal vers la Pointe du Raz. Je serai amené à parler plus loin de l'économie locale qui est la conséquence d'une situation donnée. Toute conséquence a une ou plusieurs causes: certaines peuvent être conjoncturelles, d'autres structurelles. La situation particulière de la route de la pointe du Raz en est peut-être une dans la traversée d'Audierne. Cela n'avait pas échappé aux maquisards , au cours de la 2ème guerre mondiale. La situation actuelle est sans solution, mais il aurait peut-être fallu prévoir !!! J'y reviendrai car nous parlons de Guezno. pour autant, il n'est pas interdit de parler d'histoire locale et même du lavoir précité.

Ce lavoir donc ! (cf: bulletin paroissial d'Audierne de juillet-août 1990) sous la plume d'Emile Guibourg, dentiste honorablement connu, érudit local, aujourd'hui disparu). Il s'agit sans doute de "Lenn a Moalic" qui n'existe plus, dont l'emplacement est actuellement occupé par une banque (BPBA). Monsieur Guibourg a écrit:

"A ce moment là, la rivière du Goyen qui allait jusqu'au Lenn, en face de Donnart pâtissier. Comme preuve, le petit génie qui a trouvé une pierre garnie d'anneaux d'amarrage. C'était le vieux port d'Audierne. La maison du Tiern était sur la rive, en haut de la colline...La maison Kérisit photographe était sur le bord du quai, et à côté, la rue était une cale. Les maisons Bonizec, Pacaud, CIO, ont été bâties sur l'emplacement de la rivière, comme les maisons de l'autre côté de la rue Victor hugo, l'hôtel de France, la maison Pichavant, sont à moitié sur le sable. La limite du port était la rue pavée qui se trouve derrière la boulangerie Bosser, et de l'autre chez Catena autrefois. Le fond de la rivière, le roc est à 30 mètres au pont d'Audierne, et était à 16 mètres quand on a construit le premier port".

Dont acte !!

Avec un peu plus d'humour, le bulletin municipal d'Audierne (n°13) publie sous la plume de Paul Cornec la copie d'un article intitulé "les 3 prisonniers du garde-champêtre". Il est question d'une opération dite "diskarza ar zaill, soit vider le seau", qui se déroule à "Lenn Ar Moalik". C'était au temps des lavoirs, avant la machine à laver. Deux orthographes pour un lavoir, que les gens de ma génération ont bien connu. Il recevait les eaux du ou des ruisseaux provenant du "Stiry" et de "Kerbuzulic". Le mot Stiry a été orthographié avec un Y dans le bulletin précité. Par contre, le bulletin municipal n°7 qui a étudié la toponymie locale l'écrit avec un I. A chacun son point de vue qui n'empêche pas la terre de tourner. Mais, je dois signaler que autrefois, quand on utilisait plus les noms de quartiers que les noms de rues, on écrivait Stiry. Pardon pour cette précision qui peut paraître anodine. Je précise que je suis né au Stiry, que j'y ai grandi, et que le dictionnaire breton-français (Roparz Hémon-éditions Al Liam), désigne la rivière comme étant le "Stêr", pluriel "Stêriou". Quant à la version français-breton , elle dit que le ruisseau s'appelle "Gouër","Gwaz-dour" ou 'Gwaz-reden". J'ajoute que je possède un agrandissement du plan cadastral d'Audierne datant du temps de l'élaboration du plan d'occupation des sols. On y trouve les mots "Stiry" et "Roz Stiry". La référence en la matière se trouve dans l'ouvrage de Jean-Marie Plonéis: "la toponymie celtique". Je lis page 160:

" Ster est d'un emploi courant dans les parlers du sud du domaine bretonnant. Le mot est féminin....Malgré les apparences, le STEÏR, affluent de la rive droite de l'Odet, n'a rien à voir avec "Ster".

Voilà où nous a mené Guezno, mais il s'agit du Guezno d'Audierne. Alors, continuons à étudier l'oeuvre du et des personnages, en regardant encore cette rue au nom chargé d'histoire révolutionnaire, la rue du 14 juillet. Qu'est-elle devenue ? Elle a fait l'objet d'un poème publié aux "Petites publications d'Arts Pont", écrit par Christine Lapostolle de Pont-Croix (comme l'édition). Quelques photographies permettent de revoir avec émotion: la cabane du coiffeur (Jean Lebeul), la glacière du député Miossec, et quelques autres paysages de nature à déclencher les foudres des écologistes. Mais écoutons la poétesse:

14 juillet, la route du Raz

du 14 juillet à Audierne....rue délabrée

Dangereuse pour le piéton...une rue sinistre

La colline s'appelle le "Roz Stiry"

Descendre à six heures du matin

Prendre le car pour Quimper, le train pour Paris

Faire attention aux ronces qui débordent

Sur la route dans la nuit...Des barrières sur la rue, des rubans

Rayés de rouge et blanc pour indiquer au passant

De changer de trottoir, Le mur gonflé d'humidité se fissure

ça pourrait s'écrouler...Au milieu de la friche...Des enclaves cultivées..

Les vieilles dames avec leur cabas, se plaignent de la pente

Et des dangers de la circulation, il faudrait mettre des feux

Il faudrait des ralentisseurs, des miroirs, des panneaux

Un jour il y aura un accident

...Avec le nom de la colline le "Stiry", je l'ai dit

Virage, trottoir étroit, passage difficile

Les ronces retombent en masse, le long de la muraille

 

Ci dessous: vue de la rue du 14 juillet à Audierne

 

Deux lavoirs dans la rue du 14 juillet à Audierne. Restaurés par les scouts de France voici quelques mois, ces lavoirs sont tombés en désuétude faute de suivi d'entretien. Ils figurent cependant au programme du circuit des lavoirs, dans le cadre de la découverte des vieux quartiers et promenades à pied dans Audierne pour faire apprécier les vieux quartiers.

******

Guezno, Mathieu comme Joseph, ne pouvaient sans doute pas imaginer que leur oeuvre, leur réalisation, inspirerait un jour une poétesse. D'aucuns diront que les poètes voient parfois des choses qui n'existent pas . Dans ce cas, il suffit de vérifier pour constater que les Guezno pourraient se retourner dans leur tombe, d'autant que des déchets de sépultures ont été enfouis sans scrupules, dans une parcelle bordant cette rue au nom chargé d'histoire. Modernité peut-être. A moins que...!!! Car l'accident a déjà eu lieu !!!! A suivre !!! La poétesse avait vu juste !!!! Et les ronces continuent à tomber !!

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"Je n'ai servi la liberté que pour elle-même , et dans la seule vue d'être utile à mes compatriotes. Aucun sentiment d'ambition personnelle n'a dirigé ni déterminé mon action. aussi suis-je sorti de fonction tel que j'y étais entré". Signé: Mathieu Guezno

Quel beau sujet de dissertation et de réflexion, pas exclusivement pour les lycéens, mais aussi pour tous ceux qui, aujourd'hui, sont confrontés à l'exercice de la responsabilité dans le Cap-Sizun, exercice pour lequel ils se sont portés volontaires et ont été légitimement élus, donc désignés par les suffrages de leur concitoyens, avec une obligation de résultat. Lisez Guezno Messieurs!!! Mais, je m'adresse aussi aux grincheux qui me lisent. Oui, oui, je vous entends et je vous réponds:

"Un livre vous déplaît ! Qui vous force à le lire" (Boileau- Satires)

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Mathieu Claude Guezno naquit à Audierne le 17 février 1763, ville dans laquelle son père Claude Charles Marie, sieur de Botsey était négociant. Les Guezno, originaires du pays de Carhaix (apparentés à la famille de La tour d'Auvergne) appartenaient au milieu du XVIIIème siècle à la petite bourgeoisie. Sa mère, Marie-Jeanne Berriet appartenait également au milieu du négoce et des armateurs (Famille Berriet de Kerandraon, demeurant dans une des plus belles maisons de la "Grande rue " à Audierne (aujourd'hui rue Pasteur) et possédant 2 maisons dans la rue "Coste Cleden" (aujourd'hui Guezno).

La famille Guezno compte 6 enfants, dont 4 meurent en bas âge. Ne survivront que Mathieu-Claude, le futur conventionnel et Joseph-Marie, futur maire d'Audierne et notaire. Mathieu parle le breton, appris au contact des enfants de marins. Instruction élémentaire à Audierne, collège de Quimper où il a comme condisciple Tréhot de Clermont déjà cité à propos de cahiers de doléances de Pont-Croix. Son père meurt en 1774. Les temps sont durs et les affaires languissent. Guezno a très vite la vocation du négoce, mais les évènements vont en décider autrement en le mêlant aux affaires publiques dès l'âge de 25 ans. En 1788, on le trouve à la trêve d'Audierne avec François Marie Delécluze et Christophe-Léon Delécluze dit de Trévoédal, frère du précédent, tous deux négociants dans la ville; Il est le plus jeune et le plus actif au sein de ce corps politique. C'est lui qui rédige le projet de cahiers de doléances, qui sera adopté à l'unanimité.

Le comité permanent d'Audierne comprend aussi Dumanoir, le futur premier maire, Jean Magadur de Kervréach-Izella [ Kervréach du bas (le nom de Magadur est toujours porté dans ce quartier) et Mathieu Alanou de Kervréach-Huella (Kervréach du haut)- (la propriété de mes parents est construite sur un terrain acquis en 1927 auprès de Alanou Marie Catherine Julie Augustine, demeurant à Kervréach Huella, qui le tenait de son père Jean-Guillaume Alanou. Ce nom n'est plus porté dans le quartier à ma connaissance ].

La milice d'Audierne est commandée par François Marie Delécluze. Guezno commande la 1ère compagnie.

La première municipalité d'Audierne est élue le 31 janvier 1790, à l'assemblée générale qui se tient au réfectoire des "Capucins". ( je reparlerai des Capucins, magnifique propriété de 4 hectares, propriété privée, au sein de laquelle la ville disposait d'une surface acquise pour construire un foyer-logement. Cette enclave a été revendue récemment à un particulier. Pourquoi ??)

Le premier maire d'Audierne, Monsieur Dumanoir est élu à l'âge de 80 ans. (Sa tombe se trouve au cimetière de la ville, à l'angle sud-ouest, près de celle de Guezno et de la chapelle appartenant à la famille de Louis Joseph Marie Le Duff de Mesonan, un proche de Napoléon III, qui deviendra également maire d'Audierne de 1857 à 1871). Guezno est élu procureur-syndic, fonction dans laquelle il veille à la bonne gestion municipale, avant d'être appelé à l'administration du département, où il représente le district de Pont-Croix. La constitution civile du clergé (12-7-1790) lui vaudra de participer à la chasse des prêtres réfractaires ( que l'on retrouve dans l'histoire des Capucins), et à la vente des biens du clergé .

Guezno n'est pas antireligieux, seulement convaincu que christianisme et révolution ne sont pas contradictoires.

Il est élu député de la Convention le 2 septembre 1792, à Brest, et sera classé "montagnard" après avoir sympathisé avec les "Girondins". Il vote la mort de Louis XVI et se justifie:

"Je ne puis refuser d'obéir au cri impérieux de ma conscience.

Je vote donc la mort de Louis"

En 1794 (10/1-21/7), le comité de salut public l'envoie en mission à Rochefort. Mission: remise en ordre de la marine. Il maintient la discipline sans rigueur inutile. toujours en 1794, on le retrouve encore en mission à l'armée de Hoche qui opère contre les Chouans et les Vendéens. Il croyait que la liberté religieuse était une condition nécessaire et peut-être même suffisante pour amener la pacification. A cet effet, il protégeait l'exercice du culte, espérant qu'à force de tolérance religieuse on arriverait à séparer la cause des prêtres de celle des nobles, ouvrant à la fois les temples et les prisons.

Le traité de La Mabilais signé le 20 avril 1795, reconnaît le libre exercice du culte.

Guezno, toujours chez Hoche, est ensuite mêlé à l'affaire de Quiberon (débarquement des émigrés le 27 juin), tout en suivant les affaires économiques ( par arrêté du 18 mai, il ordonne de terminer le phare de Penmarch et y nomme un gardien).

Rentré à Paris en 1795, il entre aux Cinq-Cents, siège aux Tuileries à 32 ans et soutient le Directoire contre les intrigues royalistes, tout en s'inquiétant du pouvoir militaire en préparation (Bonaparte). Contre le vent de l'histoire, il ne peut rien, et retourne à la vie privée en 1798, à Audierne, où il est nommé receveur des douanes (date indéterminée).

Audierne est pauvre: quais en ruines, pavage des rues à refaire, les Capucins ont été achetés par Delécluze qui y installe ses magasins. la révolution est close, la république est morte. L'Empire arrive: Austerlitz, 2 décembre 1805 (modèle de bataille, commémorée depuis chaque année par les Saints-Cyriens. En 2005, les responsables ont préféré être présents à la commémoration de Trafalgar qui est une défaite).

Joseph Guezno, le frère de Mathieu est nommé maire d'Audierne le 27 juin 1800. Il sera nommé notaire le 19 mai 1808. Le roi de Rome naît en 1811. Waterloo, 18 juin 1815 emporte les dernières illusions de Guezno qui devient taciturne. Louis XVIII arrive au pouvoir; c'est la Restauration. Le 30 novembre 1815, Guezno est suspendu de ses fonctions de receveur des douanes et condamné à l'exil en 1816 (notification du 20 janvier). Cette mesure inique jette la consternation à Audierne, Pont-Croix, Douarnenez et Quimper. Motif: Régicide

Le 29 décembre 1815, Pierre-Henri Porlodec-Lanverzin, capitaine d'un navire marchand, époux de Josèphe-Marie-Charlotte Delécluze de Villeson et beau-frère de François-Marie Delécluze est nommé maire d'Audierne en remplacement de Joseph Guezno.

Mathieu, le conventionnel qui aimait l'histoire, prend soin de cacher les documents qu'il possède pour témoigner à la postérité, avant de prendre le chemin de l'exil dans l'île de Jersey le 17 février 1816. Mais l'Angleterre n'est pas hospitalière pour ses anciens ennemis, même vaincus. Guezno doit chercher une autre terre d'asile: la belgique, à Alost, en Flandre orientale , à mi-chemin entre Gand et Bruxelles. Le climat froid et humide ne lui convient pas; Les interventons pour obtenir l'amnistie se succèdent, sans résultat, malgré les éloges de toute nature. Exemple:

"Guezno est le père des malheureux de la petite ville d'Audierne qui pleurent son absence en larmes de sang".

Malade, Guezno doit attendre la révolution de 1830 pour rentrer à Audierne, à l'invitation de la municipalité [(maire: Penguilly-Merle depuis 1826)- Pour les amateurs de dates rappelons que 1830 est aussi l'année du débarquement des français en Algérie. On connaît la suite ]. La date de son départ de Bruxelles n'est pas connue, mais il arrive à Audierne au début de l'hiver 1830-1831. La population de la ville est allée en totalité l'accueillir sur la route, comme elle était allée, en larmes, l'accompagner lors de son départ.

Guezno a presque perdu la vue; il a aussi perdu son patrimoine.

On le retrouve bientôt au conseil municipal où il a été nommé le 12 février 1831. Il se consacre alors à l'instruction du peuple.

Il meurt le 6 juillet 1839, totalement aveugle, à son domicile de la rue du Château. (Je parlerai ultérieurement des épidémies, mais je signale déjà que le choléra avait sévi à Audierne en 1834-1835 causant 2 à 3 décès par jour );

Sa tombe (voir photo ci dessous) se trouve à l'angle sud-ouest du cimetière d'Audierne (St Joseph), dans un enclos où il voisine avec le premier maire de la ville: Dumanoir, près de la chapelle qui sert de tombeau à Le Duff de Mesonan , déjà cité. A proximité on trouve les tombes des grands noms de l'histoire locale: Fenoux, Delécluze etc...

Monument de granit, dalle de marbre noir, et l'inscription:

Hic jacet

Guezno Mathieu Claude

Né à Audierne le 17 février 1763

Y décédé lé 6 juillet 1839

Représentant du peuple

Membre de la convention nationale

Nommé député aux Cinq-Cents

par le collège électoral de France

Qu'il repose en paix

 

Cette inscription a été retrouvée dans les livres, car elle est invisible sur la tombe qui a subi comme je l'ai déjà dit, les outrages du temps. (On pouvait encore la lire il y a 20 ans). Ce personnage fascinant, bienfaiteur d'Audierne est délaissé par les responsables contemporains. Le citoyen Guezno a été victime de la Restauration, son tombeau est victime de non-restauration et de déculturation. Le patrimoine en se limite pas à des lavoirs de l'histoire récente, fussent-ils en béton. Les grands hommes de l'histoire méritent la reconnaissance et encore plus l'information des jeunes générations. Un poète italien a dit:

"Le souvenir est poésie et la poésie n'est autre qu'un souvenir" Giovanni Pascoli.

Et pour en finir avec les cimetières, on peut encore dire que le monument qui recouvre les restes de la fosse commune dans laquelle reposent des Audiernais moins illustres, à l'angle nord-ouest n'est pas mieux loti. Les propriétaires des tombes voisines ont obtenu que des travaux soient entrepris sur l'entourage éventré qui apparemment ne dérangeait personne. Un petit effort supplémentaire ne serait pas inutile

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La croix situe l'emplacement de la tombe du premier maire d'Audierne Monsieur Dumanoir

Le tombeau de Guezno

 

Pardonnez tout, n'oubliez rien (Victor Hugo)

 

fin d'article-

à suivre Ma Bro suite 4

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 21:34

Ma Bro Ar C'hap: Gwechall- suite 4

4- Les naufrages- 

 
  Dans son ouvrage intitulé ‘’Pilleurs du Cap’’(le pillage d’épaves dans les paroisses
du Cap-Sizun au XVIIIème siècle), l’Audiernais Paul Cornec a cité de nombreux noms de bateaux. Depuis ‘’L’Aimable Anne’’ qui ouvre la liste alphabétique, jusqu’à ‘’Le Zévelit’’ qui la clôture, j’ai compté 86 noms de bateaux relevés dans les archives de l’Amirauté de Cornouaille. Je ne sais où j’ai lu qu’il s’agissait d’un travail de Bénédictin. Le lecteur intéressé peut donc se référer à cet ouvrage, présenté par ‘’Le Télégramme de Brest’’ le 21/12/2001, en ces termes :
« au XVIIIème siècle le pillage des épaves était, dans le Cap-Sizun comme sur d’autres côtes de Bretagne particulièrement dangereuses, une activité économique à part entière, comme le sera plus tard la récolte du goémon (j’ai déjà évoqué le goémon ; nous y reviendrons). Les cargaisons des navires naufragés étaient considérées comme un bienfait de la Providence par les populations misérables, et ni les délégués de l’Amirauté, ni même les curés
ne pouvaient les empêcher de se ruer au ‘’bris’’ ».
Cette extrême pauvreté a été décrite par J.F. Brousmiche dans son ouvrage « Voyage dans le Finistère en 1829,1830,et 1831 ». Je cite :
« Nous allons poursuivre notre course vers AUDIERNE , mais dans ce voyage il faut se résoudre à s’enfoncer dans les détestables  chemins qui sillonnent notre département....On ne voit plus à Poulgoazec qu'une population malheureuse, misérable, rebut de celle d’AUDIERNE, végétant sur un sol inculte, infertile et presqu’abandonné, au sein de masures à peine abritées contre les vents et les tempêtes….Une seule rue , une venelle conduisant à l’église paroissiale, et quelques maisons isolées composent la ville d’AUDIERNE ….Le paysan d’AUDIERNE est comme celui de toutes les populations maritimes de la Basse Bretagne, enclin à l’ivrognerie….Beaucoup de femmes fument et mâchent aussi le tabac… Les maisons y sont basses, enfumées, on y couche dans des lits-clos…les crèches écoulent leurs eaux, leurs
immondices dans les vaux qui bordent les habitations, et qu’il faut traverser, ayant de la fange jusqu’à la cheville….La nourriture des habitants de la côte d’AUDIERNE est un pain d’orge, du far, des bouillies d’avoine etc.. »

J’aurai l’occasion de revenir sur tous ces points dans un chapitre consacré aux épidémies, mais, d’ores et déjà, on peut dire que ceci permet de mieux comprendre cela .

 

  Continuons donc à parler des naufrageurs, des lampes accrochées aux cornes des vaches pour tromper les navigateurs, et de tant d’autres choses vraies, romancées ou partiellement fausses. Qui sait ? Mais il y a autre chose à dire.

  Je ne résiste pas au plaisir d’emprunter quelques phrases à Bruno Jonin auteur d’un ouvrage intitulé : « Le Repulse ». Il s’agit d’un bâtiment qui a fait naufrage le 19 Ventôse an 8 (10 mars 1800) sur la côte nord du Cap-Sizun, à ‘’Penharn’’, commune de CLEDEN. Je lis :

 [ « ….Il ne faut que 2 minutes pour se trouver sur les hauteurs de Penharn, et là, les bruits s’amplifient, le spectacle est grandiose. Là, en bas, à 300 mètres environ, un gros vaisseau est venu s’échouer. Dans le flou de la brume la vie paraît grouiller tout autour. Le premier réflexe serait de porter secours, mais comme par intuition, ils préfèrent ne pas bouger.

  Chacun se demandant :’’Piou int’’ qui sont-ils, et se répondant ‘’Matre he Saozon’’, peut-être des anglais. Jacques Fily réagit  vivement le premier, il appelle son mousse  et dans l’oreille lui dit de prévenir sa mère, afin d’alerter le juge de paix à GOULIEN . Celle-ci s’exécute et vers les 6 heures du matin plusieurs coups retentissent à la porte du presbytère de GOULIEN (Presbital  Koz sans doute). Là où habite le juge de paix.

  Le juge de paix Allain se présente à la fenêtre et Anne Bouin lui annonce la nouvelle : « eur vâtiment zo e Trouerennec », il y a un bateau àTrouerennec, « Devit Buan », venez vite « kalz a dud a zo er vourz », il y a beaucoup de monde à bord. « Saozon n’ouzer morse »,peut-être des anglais.  

  Allain s’exécute. Il fait prévenir le commandant de 2ème arrondissement des côtes du Finistère, ainsi que Drumel chargé de l’inscription maritime, Guezno receveur des douanes et aussi son greffier par un express »]

  Guezno a fait l’objet d’un chapître précédent. Le bateau en question est ‘’Le Repulse’’ commandé par Jeans Almice : 432 hommes d’équipage sans compter les prisonniers, 64 canons, c’est un anglais.

  « Le bateau coulait. Par où fuir ? Les falaises sont trop hautes, une seule issue : la mer. Certains se précipitent à l’assaut et dans la confusion l’un d’eux chavire et 5 hommes se noient. La grande chaloupe et le grand canot parviendront à quitter l’épave. 12 marins arriveront à GUERNEZEY. 392 hommes dont le commandant seront dirigés d’abord sur PONT-CROIX, puis sur AUDIERNE ».

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  Je rappelle que Bonaparte a pris le pouvoir par le coup d’état du 18 Brumaire ( 9 novembre 1799), que nous sommes ennemis de l’Angleterre, et que Hoche a écrasé le débarquement des émigrés soutenus par les anglais, à QUIBERON en 1795.

  « Le sort des prisonniers étant réglé, la protection de l’épave contre les pilleurs est entreprise et confiée au préposé des douanes. Ce qui n’empêchera pas l’épave d’éclater sous l’effet de la houle et les débris de se disperser aux alentours, dans les criques, où ils sont récupérés par les uns et par les autres ».

  Plusieurs hypothèses ont été émises pour tenter d’expliquer ce naufrage, dont un éventuel talonnage sur les roches autour de l’ îlot de Tevennec ( page 85) suivi d’une dérive dûe aux courants jusqu’à l’échouage. On peut consulter à ce sujet l’ouvrage cité en référence.

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    Un des naufrages les plus spectaculaires en baie d’AUDIERNE est celui du vaisseau « Les droits de l’homme » le 14/1/1797. Bruno Jonin et Jakès Cornou lui ont consacré un ouvrage. Je dirai seulement  qu’un monument se trouve à la plage de ‘’Canté ’’, commune de PLOZEVET, et que le bilan se présente comme suit : 1293 personnes embarquées, 904 rescapés, 389 victimes. Le rapport adressé au Directoire par le Capitaine Lacrosse a fait l’objet d’une insertion dans un bulletin municipal d’Audierne dont je n’ai pas la date mais que je situe aux environs de 1964.  

  Pourquoi ne pas citer également le naufrage du ‘’Jacques’’, en 1684 ; Le bateau venait de SAINT-MALO, et voguait vers Chypre, transportant un archevêque grec : Monseigneur Cyrille IUSTIANI dont le corps fut retrouvé devant la chapelle Saint JULIEN à POULGOAZEC . Ou encore le naufrage des ‘’pardonneurs’’ revenant du pardon de Saint Tugen en 1725 (52 noyés). Les détails de ces drames se trouve dans l’ouvrage du Chanoine Pérennès consacré à Saint-Tugen .

  Mais, je préfère parler d’un événement plus récent : le naufrage du pétrolier de la marine nationale ‘’La Nièvre’’, le 21 mai 1937, et ce pour deux raisons : la première , c’est parce que mes parents m’ont conduit sur les lieux pour voir le ‘’spectacle’’lorsque j’étais enfant, et la deuxième parce que mon père a participé au dépeçage de ce bateau , au sein de l’entreprise chargée de la démolition. Je n’ai pas mémorisé de souvenirs d’enfant, comme j’ai pu le faire plus tard, en regardant les épaves du combat naval qui s’est déroulé devant AUDIERNE, en 1944, ou pour ‘’Le Douric’’ échoué à la pointe de ‘’Penn an Enez’’, commune d’ESQUIBIEN plus récemment (19 novembre 1985-23 heures 30).

  ‘’La Nièvre’’ faisait route sur BREST en revenant d’Espagne, par temps de visibilité mauvaise. Drossé sur les rochers, le bateau s’est échoué devant ‘’Pors Tarz’’, commune de PRIMELIN , au lieu baptisé depuis ‘’Poul la Nièvre’’. Les pêcheurs du coin intervinrent pour sauver les 59 membres d’équipage. Il n’y eut pas de pertes en vies humaines.

La côte à Pors Tarz (Primelin)

 Mais les 250 tonnes de mazout transporté se sont déversées dans la mer, provoquant une marée noire bien avant celle du ‘’Torrey Canyon’’, en 1967. L’histoire dit que j’ai participé au nettoyage des  plages salies par le pétrole du ‘’Torrey Canyon’’ dans la région de PERROS-GUIREC, avec un détachement de soldats venus d’Auvergne. Tout recommence éternellement !! 

   Quant à mon père, il a travaillé dans l’entreprise chargée du découpage de la coque en  ferraille, quittant AUDIERNE à l’aube pour se rendre à pied sur le lieu du naufrage, parfois transporté sur le tan-sad de la motocyclette d’un camarade,  casse-croûte dans la musette !

  Je n’en dirai pas plus sur ces naufrages. On peut en apprendre davantage en consultant les ouvrages spécialisés, en visitant le musée maritime d’AUDIERNE, ou en étudiant les archives de la SNSM au sujet des sauvetages.

  Mais, il faut encore citer Paul Cornec, plus exactement l’article publié dans le bulletin municipal N° 3 d’AUDIERNE, intitulé ‘’GWAIEN GWECHALL’’, Audierne autrefois. Il a comparé le pillage des épaves à AUDIERNE et à PENRYN (Cornouaille anglaise), deux villes jumelles. Il conclut au match nul et cite Serge Duigou, l’historien Bigouden en ces termes :

  «  Etait-ce la faute des populations riveraines si elles croupissaient dans une misère telle que ces petits extra venus de la mer apparaissaient comme un légitime correctif à un sort trop injuste ? Côte oubliée de Dieu mais bénie des tempêtes …etc »

  Décrivant le bris, il dépeint la rivalité (déjà !!) entre PLOUHINEC et AUDIERNE. Je cite :

  « Et le recteur de PLOUHINEC de tonner contre ceux d’AUDIERNE  qui ne viennent que dans l’intention de piller : quel droit ont-ils de venir en cette paroisse étrangère en cas de naufrage ?…etc ».

  Se référant enfin à ‘’l’Evening Post’’ de LONDRES il écrit :

  « Ces gens méprisent toute loi ou autorité….vautours humains guettant leur proie du soir »

et signale avoir trouvé la première mention de pillage à AUDIERNE  en 1418 . Et il écrit encore, en citant Michelet, l’historien français, professeur au collège de France :  

  « Le Capiste est sans pitié : fils maudit de la création, vrai CAÏN, pourquoi pardonnerait’il à ABEL ? La nature ne lui pardonne pas …quand il glisse  en tremblant sous la Pointe du Raz ». 

 (Jules Michelet aurait visité la Pointe du Raz et écrit un journal sur le sujet. Toutefois, A. Dupouy écrit le contraire: « cf : Cahiers Iroise, juillet 1983 - Michelet en Bretagne, Son journal inédit d’Août 1831- ‘’l’écrivain n’aurait pas eu le temps de se rendre à la Pointe du Raz.’’ ». Il aurait donc laisser vagabonder une  imagination  débordante ce qui n’enlève rien à la violence du propos !!) 

 Il serait peut-être temps de fermer ce paragraphe en empruntant encore à Paul Cornec, l’antique oraison que le pilleur Capiste ajoutait à ses prières , les soirs de tempête :  

« Lavaromp hoaz eur beden evid ma teus panzé en ôd

Ha ma veom er pen henta

A mio-bo al loden vella “

(Disons encore une prière pour que Dieu nous envoie des épaves , que nous soyons les premiers sur les lieux et que nous ayons la meilleure part)

  De quoi rester rêveur. Nous avons un héritage , nous les Capistes !! Heureusement que la modernité est passée par là ! Encore que !! Je citerai plus loin d’autres prières, en laissant aux responsables de cette transmission écrite, leur responsabilité.

 Je n’invente pas l’histoire. Je la cite en empruntant aux chercheurs leurs écrits. Difficile de faire autrement. Il faudrait imaginer, broder, romancer ! Pas question !! La connaissance de certains évènements qui relèvent du passé me paraît indispensable pour tenter d’analyser qui nous sommes. C’est un enfant du pays, un indigène même qui écrit ces lignes, non pas  comme un scientifique en sciences humaines qui ne juge pas, par principe, mais comme un héritier qui veut  essayer de comprendre et d’expliquer. De ce point de vue, l’enfant du pays peut dire ce que ‘’l’étranger’’, appellation non péjorative, ne pourra jamais écrire. C’est un anonyme qui a dit qu’il n’y a                                                                                            « pas d’avenir sans mémoire ».  

  Gérard de Nerval lui pense que :

  « Notre passé et notre avenir sont solidaires. Nous vivons dans notre race, notre race vit en nous ».

    Jean Jaurès quant à lui dit :

 « Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l’avenir »,

  et Jean de Rotrou :

  « on peut voir l’avenir dans les choses passées ».

  Chacun peut choisir la maxime qui lui convient et la faire sienne. Elles sont toutes pleines de philosophie. Pour ce qui me concerne, ma seule ambition est d’essayer de comprendre le présent à partir du passé. L’histoire plus récente (Plogoff entre autres) sera expliquée plus loin. Mais je crois pouvoir dire déjà que si la connaissance du milieu avait été meilleure, les responsables auraient pu et dû prévoir car ‘’Commander c’est Prévoir’’, qu’il est difficile d’imposer à un Capiste, dans son Cap-Sizun, ce qu’il ne souhaite pas, ce qu’il n’a pas demandé et qui est susceptible de détruire ce qu’il a de plus cher au monde, son pays : ‘’Ar Vro’’, ‘’Ma Bro’’ !

   5-Les sauvetages- (cf : bulletin paroissial Audierne-mai 1990)

 L'Amiral Aman, bateau de sauvetage d'Audierne

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le musée maritime d’AUDIERNE, qui est une excellente idée dans un mauvais endroit totalement inadapté, consacre une salle d’exposition aux sauveteurs. L’actuelle SNSM (société nationale de sauvetage en mer) est issue de la fusion des HSB (Hospitaliers Sauveteurs Bretons) et SCSN (Société Centrale de Sauvetage des Naufragés). Le Cap a compté jusqu’à 4 stations de sauvetage : Audierne, Ile de Sein, Le Loch, Pors Poulhan. C’était à l’époque des canots à avirons.

  La SCSN avait été fondée à l’initiative d’un peintre Théodore Gudin en 1864. Quant aux HSB, elle fut fondée en 1873 par le conseiller à la cour d’appel Nadault de Buffon. Le premier canot de sauvetage d’AUDIERNE était garé dans un abri quai Pelletan, abri transformé plus tard en criée à poissons, puis local technique de stockage et entretien de matériel de pêche (angle propriété Cabillic). 

  Il faut peut-être rappeler que le phare d’Armen dont la construction a débuté en 1867, s’est allumé pour la première fois en 1881. Il avait atteint les 34 mètres  de  hauteur en 14 ans Cela peut paraître dérisoire mais il s’agit de l’époque de la marine à voiles .[ à comparer avec l’époque du radar et du GPS ( positionnement par satellite), la nôtre].

  Devant les difficultés rencontrées pour entrer et sortir du port d’AUDIERNE , en raison de la barre et de la houle, il fut décidé de construire un avant-port , une rade-abri à Sainte-Evette. Cette construction avait pour but de permettre aux bateaux de passage de se mettre à l’abri par mauvais temps, faute de pouvoir rentrer dans le  port, et de recevoir la nouvelle station de sauvetage. Les travaux de construction de la jetée  débutèrent en 1938.( Version différente dans le bulletin paroissial d’Audierne de mai 1990, qui situe le début des travaux en 1939, après des décisions prises en 1931 et 1933 : lenteur administrative  oblige).

  Les chercheurs d’ESQUIBIEN (Bugale ar Gannaek) ajoutent :

  « Les travaux furent stoppés aux premiers temps de l’occupation …. Octobre 1946 : reprise de la construction du brise-lames à Beg-ar-Radennec à Lervily ». Ceci peut prêter à confusion, ce qui n’est pas souhaitable en histoire, même locale, d’autant que cela me touche personnellement. En conséquence, il convient de préciser quelques dates :

  L’armistice a été signé entre le 22 et le 24 juin1940. L’appel du Général de Gaulle date du 18 juin. Le bateau ‘’Ar Zénith’’ a quitté AUDIERNE presque immédiatement (le 19 juin) puisqu’il est arrivé en Angleterre le 21 juin. Les passagers avaient embarqué au port d’Audierne sur la vedette des affaires maritimes, patron Le Gac, dont le fils Joseph fut   déporté à BUCHENWALD. J’ai assisté à ce départ sur le môle du Raoulic, en compagnie de ma mère qui travaillait sur les quais. Nous leur faisions des signes d’Au Revoir, Adieu pour certains. Parmi les passagers j’ai reconnu Jean Priol qui était le voisin de ma Grand-Mère. Il n’est pas revenu. Je n’avais pas encore 10 ans. Le ‘’Zénith’’ quant à lui, était mouillé à Sainte Evette, peut-être en raison de la marée. Tout ceci est confirmé par un des passagers de l’époque : Clet Louarn . On peut lire à ce sujet ‘’Le Télégramme du 16-9-1997’’ et consulter la liste complète des Capistes embarqués dans cette aventure. Sans commentaire donc !!

  Les allemands sont arrivés à PLOZEVET le 20 juin 1940 ( cf : clandestins de l’Iroise, R. Pichavant) et vraisemblablement le même jour à AUDIERNE. L’enfant que j’étais a vu les premières motocyclettes et side-cars monter vers la Pointe du Raz. Il faisait très beau ; les soldats et conducteurs étaient manches retroussées. Ils se sont installés à Lezongar (Esquibien) au mois de décembre 1940.

  C’est donc en 1940 que commence l’occupation par les allemands. Certes, leurs besoins en main d’œuvre et surtout en ciment pour construire le mur de l’Atlantique laissaient peu de place aux chantiers des vaincus que nous étions. Pour autant, les travaux de construction du brise-lames se poursuivaient en 1941. J’en ai la preuve plus que formelle. En effet :

  Il s’est produit un accident mortel sur le chantier, le 15 juillet 1941. Un homme est mort écrasé par un lorrie chargé de pierres. Cette affaire a fait l’objet d’un jugement au tribunal de QUIMPER le 28 octobre 1941, devant lequel avaient comparu :

  Marcel Espié représentant la société Limousin, Joseph Jolivet, Jean-Louis Le Meur domiciliés à AUDIERNE et Yves Fily domicilié à ESQUIBIEN, principaux témoins. 

Si je parle de cet accident de manière aussi précise, c’est parce que la victime s’appelait Jean-Hervé M......, né à GOULIEN le 11 décembre 1889 en l’occurrence mon père ; en d’autres temps, un certain Daniel Bernard, dont personne aujourd’hui ne conteste la référence puisqu’il vient d’être réédité et même statufié, avait , dans la monographie consacrée à CLEDEN, fait le récit complet d’un accident survenu dans sa commune au cours de l’exploitation du charbon.(page 191). Je cite :

  «  Les travaux furent repris en effet…Le charbon extrait était transporté à QUIMPER et gardé par les soldats. En 1774, un accident mortel se produisit ; un ouvrier, Jean Metay de NANTES, était en train de boiser un puits, lorsque la chaîne et le basicot lui tombèrent sur la tête et le tuèrent. Cet accident et d’autres causes sans doute mirent fin aux travaux ».

  Il semble donc que la mémoire soit plus précise à CLEDEN qu’à ESQUIBIEN. Ceci n’est qu’un simple constat. Mais la précision historique est indispensable à tous ceux qui veulent parler d’histoire car ils vont transmettre à la postérité leur connaissance des faits. Celle-ci doit donc être rigoureusement exacte, vérifiée et prouvée. Dans le cas particulier, dire que les travaux ont été interrompus à Sainte-Evette aux premiers temps de l’occupation pour ne reprendre qu’en 1946 manque de précision et escamote une partie de l’histoire, peut-être sans importance pour certains, mais pas pour moi ! Les Allemands souhaitaient vraisemblablement bénéficier eux-mêmes de l’abri du brise-lames. Je ne m’étendrai pas davantage sur les circonstances de cet accident. Mais je dirai tout de même que j’ai travaillé à l’entreprise Limousin pendant les vacances scolaires de 1947. J’avais sans doute été embauché par charité et respect de l’événement par des responsables dont la mémoire n’était pas défaillante. Le bulletin paroissial auquel je me suis référé en tête de chapitre ne fait pas davantage allusion à cet événement. Je me refuse à penser qu’il pourrait s’agir d’un manque d’intérêt  visant à banaliser la chose et encore moins d’un oubli volontaire. On ne banalise pas la mort, trop de jeunes sont morts dans mes bras, à l’âge de 20 ans et je ne l’oublie pas. La mort n’est pas un événement qui trouve sa place uniquement dans la statistique des pertes ou alors il faudrait préciser les pourcentages autorisés et je m’étonnerais qu’il y en eût.

Mais il est temps de revenir au sauvetage- (cf : Télégramme de Brest du 3 mai 1990) 

 La station de sauvetage d’AUDIERNE a été créée il y a plus d’un siècle. Au début, l’armement du canot se composait de deux équipages : un patron, un sous-patron, et 12 canotiers, plus une relève pour pallier aux défaillances. La station a eu sa première médaille pour sa sortie du 15 mars 1866 au cours de laquelle elle a porté secours à un bateau en difficulté dans les rouleaux de la Gamelle (ceux qui connaissent la Gamelle, j’en suis, savent ce que cela veut dire ; j’en ai déjà parlé à propos de la peur en citant Henri Queffelec).

  Par leur courage, les canotiers d’AUDIERNE étaient devenus célèbres. Il suffit d’en nommer quelques uns , avec leur palmarès :

  Patron René Autret : 141 sorties à la barre, sauve la vie à 233 personnes , chevalier de la légion d’honneur en 1903 (décoration remise à la Sorbonne en 1904 par l’amiral Duperré). Une rue d'Audierne est sensée honorer ce sauveteur. Un simple coup d'oeil dans cette rue permet d'en douter:

 

 

 

  Patron Raymond Couillandre : 77 sorties, 106 personnes sauvées. Décoré de la légion d’honneur après le naufrage en 1933 du cargo danois l’Estrid (chargé d’oranges) dont tout l’équipage fut sauvé.

  Plus récemment, le Patron Jean Kéravec, plus connu à AUDIERNE  sous le nom familier de ‘’Jean Baoul’’ (Jean pauvre), premier patron du ‘’Nadault de Buffon’’, 33 bâtiments secourus,  fut également décoré de la légion d’honneur ( j’ai connu Jean Baoul auquel ma mère achetait du poisson. Sacré marin !).

  La nouvelle station de Sainte-Evette fut inaugurée le 20 mai1951, avec la mise en service du ‘’Nadault de Buffon’’.  

  Tous les patrons précités ont été honorés par leurs communes respectives : place Jean Kéravec à ESQUIBIEN, rue René Autret et rue Raymond Couillandre à AUDIERNE. La rue Couillandre mène à ESQUIBIEN en passant devant la gendarmerie. La rue René Autret se situe dans le quartier de Kervréach Huella. Dans le chapitre consacré aux Capucins, j’ai déjà parlé du  nom de baptême des rues, qui est fait pour rendre hommage, ce qui implique quelques obligations des instances concernées dans les domaines du minimum décent. Cette rue vaut le détour pour se rendre compte par soi-même à quel niveau se situe la reconnaissance. A moins que ruines et épaves de voitures ne soient de nature à  rappeler aux passants les services rendus par le porteur du nom prétendument honoré. J’ajoute que cette rue se situe à 570 mètres (distance topographique, donc à vol d’oiseau) de l’église Saint-Raymond qui bénéficie d’un périmètre protégé de 500 mètres. Dommage pour René Autret, et  pour Saint-Raymond classé monument historique. Le patron aux 141 sorties à la barre, à l’époque des avirons, quand l’équipage tournait le dos au danger non pour ne pas voir mais pour souquer ferme, quand le patron était le seul à bord qui devinait la traîtresse lame qui allait peut-être renverser la barque, quand les hommes le regardaient droit dans les yeux car il était le meilleur pour négocier la déferlante,  méritait sans doute mieux qu’une plaque pour le principe, dans un coin obscur, au propre comme au figuré, dans un environnement qui n’est pas conforme à ses mérites et son courage. Ingratitude de la reconnaissance car comme disait Diderot :

« La reconnaissance est un fardeau , et tout fardeau est fait pour être secoué ».

Elle est aussi :

 « La mémoire du cœur ».

( JB Massieu : lettre à l’abbé Sicard 1842)

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Ville de Paris, bateau de sauvetrage de l'île de Sein 

 

 A suivre: Ma Bro Ar C'hap Gwechall-suite 5

 

 

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 21:33

Ma Bro: Ar C'hap Gwechall-Suite 5

        6- Les épidémies -

 Les épidémies ont fait des ravages en Finistère, particulièrement la peste et le choléra. Je ne peux les étudier toutes, alors, un simple rappel :

ü      1349- La grande peste qui atteint les rives de l’Odet à QUIMPER et emporte le célèbre moine franciscain Jean Discalceat, plus connu sous le nom de ‘’Santik Du’’, le Petit Saint Noir.

ü      1594- 2ème épidémie (de peste) : 1700 morts à QUIMPER en  octobre et novembre

ü      1639-1640-1641- la peste ravage toute la Bretagne ( cf : Daniel Bernard- monographie page 53). Invocation de Saint They en CLEDEN-CAP-SIZUN en cette circonstance.

ü      1768- épidémie de fièvre putride (même référence- typhus sans doute)

ü      1834- épidémie de fièvre typhoïde et petite vérole (id°)

Henri Goardon (Ar C’hap Gwechall) confirme l’invocation de Saint They en cas de peste (page 89).

Le Cap-Sizun en histoires (page 30) fait état d’une épidémie de peste au XVIème siècle, à l’issue de laquelle les gens de PLOGOFF émigrèrent à l’île de Sein.

Selon un document d’origine ‘’internet’’, une quarantaine d’épidémies de peste ont été dénombrées dans le Finistère entraînant des milliers de morts.

On peut aussi rappeler ‘’La Peste d’Elliant’’ où une croix signalait l’emplacement d’une fosse commune dans laquelle la plus grande partie de la population avait été ensevelie. Hersart de La Villemarqué a immortalisé cet événement dans le ‘’Barzaz Breiz’’. (Elle daterait du VIème siècle).

Comme il fallait bien trouver un bouc émissaire, on se tourna vers les Protestants et on invoqua les ‘’Saints Guérisseurs’’ : Saint Collodan à PLOGOFF, Saint Corentin à QUIMPER, Saint Grégoire le Grand à QUIMPERLE . Les plus sollicités sont Saint Roch et Saint Sebastien. Quatre vingt chapelles leur sont dédiées, sans compter les statues : 157 pour Saint Roch, 103 pour Saint Sebastien. Le calvaire de PLOUGASTEL-DAOULAS date de 1598, et a été élevé à la suite d’une épidémie de peste.

La peste pourrait donc constituer un sujet à part entière, et je me contenterai de l’effleurer. Je citerai cependant encore 2 choses, choquantes peut-être mais qui figurent dans les documents que j’ai consultés :

§         Dès l’apparition des symptômes, les maisons des contagieux étaient cadenassées et signalées par un sceau spécial .

§         La communion était distribuée aux pestiférés au bout d’un bâtonnet (à Saint Pol de Léon).

******  

Il est temps de parler du travail remarquable fourni par Monsieur Heurté Claude, aujourd’hui Docteur Heurté. Il s’agit d’une thèse de doctorat en médecine soutenue publiquement le 16 décembre 1986 à 18 heures, à la faculté de médecine de BREST, et qui s’intitule :

« Epidémies dans le Cap-sizun au XIX ème siècle ».

J’ai pu accéder à ce document grâce au Médecin Général des Armées Roger Moullec, de PRIMELIN, par ailleurs membre du jury lors de la soutenance de thèse. Je l’en remercie. Travail de fourmi, travail de Bénédictin, document exceptionnel qui devrait comme tant d’autres figurer dans une bibliothèque d’histoire locale, hélas, encore inexistante à ce jour.   Ceci n’est pas une critique, tout au plus une suggestion car, comme disait Beaumarchais :   

                            «   Sans la liberté de blâmer, il n’est pas d’éloge flatteur »

Il me faut donc dégager les points essentiels de ce document de 455 pages.

Après avoir traité de généralités en introduction, l’auteur étudie tout d’abord les épidémies de choléra en 1834, 1849, 1866, 1885 et 1893, puis les autres fléaux : variole, fièvres intestinales, rougeole, scarlatine, diphtérie et même coqueluche.

Généralités  

Dès le départ le constat est accablant. Le Cap est un pays de misère, ‘’misère ambiante à la fois économique et physiologique’’, à la suite de guerres ininterrompues avec l’Angleterre. Le port de BREST serait responsable de l’importation des épidémies par l’intermédiaire des soldats rentrant en France. Autres facteurs : les difficultés de communication (routes non entretenues et peu sûres), l’absence des jeunes (services aux armées, chouannerie) et les conditions de vie déplorable chez les pauvres. (taux de mortalité dans le canton de PONT-CROIX : 40%). Les conditions de vie sont condamnées par la médecine qui se heurte aux coutumes ancestrales.

Le 24 avril 1829, le Docteur Gouiffès, médecin des épidémies de l’arrondissement de QUIMPER, adresse au Préfet un rapport sans complaisance faisant ressortir :

§         Les conditions de vie déplorables parmi les pauvres. L’hygiène et la médecine les condamnent, mais elles se heurtent à de fortes résistances dûes aux coutumes ancestrales.

§         La nécessité de sortir ces pauvres habitants des campagnes de «  l’abrutissement et de la barbarie  où l’ignorance et la superstition les tiennent ensevelis ».

§         La dangerosité des lits-clos « espèce de prison étroite, sorte de cercueil, où croupissent  quelquefois ensemble, sous le coup d’une maladie grave, le père, la mère et quelques enfants suspendus au plafond du sépulcre dans un panier rempli de paille et d’ordures ». Les portes à coulisse sont en bois plein. Les lits-clos sont le désespoir et le tourment  des médecins :

«  Comment renoncer au meuble magnifique, à cet ornement si bizarre et si gothique, à ce chef-d’œuvre si ridicule et pourtant si dispendieux, à cet indice parlant de la richesse de la maison, sur lequel on voit se dessiner en relief, à côté de croix, de crucifix, de saints sacrements, les figures les plus burlesques et une grande partie des animaux échappés au déluge ». !!!

****** 

Il faut noter encore le constat par l’ingénieur de l’arrondissement le 24 décembre 1829 :

ü      L’état des habitations, qui favorisent la propagation des incendies mais sont néanmoins reconstruites à l’identique après un sinistre (coutumes, refus des innovations, héritage des aïeux). Ces maisons sont trop basses, humides, (humidité provenant des fumiers situés derrière et devant), au sol crevassé, mal éclairées, mal ventilées.

ü      L’auge de pierre dans laquelle sont déversées les eaux de lavage et les reliefs de table destinés à la nourriture des pourceaux. L’ensemble fermente, répand une odeur de putréfaction. Lorsque l’auge est pleine, on ne la vide pas entièrement, gardant un fond ( le fond de sauce cher aux maîtres-queux d’aujourd’hui).

ü      La malpropreté. Pas de balayage. Toiles d’araignées jamais enlevées.

ü      La cloison de séparation entre les gens et les bêtes, appelée claye.( J’ai vu personnellement en Morbihan, en 1954, une ferme dans laquelle les vaches n’étaient séparées des gens que par une cloison à mi-hauteur) .

ü      Les fumiers déposés devant les maisons.

ü      La construction des écuries et des étables sur les points hauts pour faciliter les écoulements.

ü      Les immondices jetés devant les portes, dans les écoulements.

ü      La malpropreté naturelle des habitants.

ü      Les incendies fréquents.

 

 

 

 

 

 

 

 

Il faut signaler aussi la législation aberrante concernant l’impôt sur les ouvertures, législation maintenue jusqu’en 1917 : grandes fenêtres = impôt élévé.

Enfin, le Cap est un coin isolé, dans une situation presque insulaire. C’est un milieu fermé, à l’économie autarcique, disposant de mauvaises voies de communication.

La commission cantonale d’hygiène  réunie à PONT-CROIX  en 1850, situe cette ville à 34.629 mètres de QUIMPER. Le canton de 12 communes compte 19646 âmes. Quant aux vallées, l’une est évaluée à 12 Kms ( de Lespoul à Pont-Croix  jusqu’à la Baie des Trépassés), l’autre à 3 myriamètres. (de Plonéis à Audierne- 1 myriamètre=10.000 mètres ; ancienne mesure).

Le canton ne possède pas de source d’eau minérale  

****** 

  « Quant à la constitution physique des habitants, elle est bonne et la moralité n’est pas mauvaise ; leur caractère quoique doux, n’est pas très franc ni très loyal ; ils ont l’esprit extrêmement processif. Le penchant pour les liqueurs fortes est très prononcé. L’esprit dominant du pays est pour l’ordre et la religion. Il y a foule aux offices divins, ainsi qu’aux foires et marchés ». (Note du rédacteur : globalement, la commission nous trouve des qualités, mais quels défauts !)

Il faut aussi parler des villes :

ü      PONT-CROIX- surface : 11 hectares, 15 ares- Les habitations, sans être belles ni régulières, sont convenablement  aérées et ne présentent aucune cause d’insalubrité.

ü      AUDIERNE- population de 1041 âmes, surface 10 hectares, jardins compris. Les vases qui séjournent dans le port, les miasmes qui en émanent et l’humidité que présente la majeure partie des maisons vicient l’air qu’on y respire.

Causes présumées des maladies :

ü      Présence des fumiers, mares d’eau croupie, varechs putréfiés autour des maisons humides, basses, mal éclairées et mal aérées , et les lits-clos .

ü      Malpropreté dans le ménage ou défaut de soins dans la préparation des aliments.

ü      Saleté des vêtements.

Ce constat a été signé à PONT-CROIX  par A.Delécluze, remplaçant du maire.  

Le choléra

 

****** 

Le choléra est parti de CALCUTTA en 1817, pour envahir successivement la Chine, la Perse, la Russie, la Pologne, la Prusse, l’Angleterre et la France en 1832 .

ü      Il atteint le Cap-Sizun à la fin de l’année 1834, après avoir débuté à BREST au mois de juillet. 3 décès à PONT-CROIX en décembre, 11 décès à CLEDEN , 64 décès à AUDIERNE du 25 décembre 1834 au 21 février 1885. (L’état d’Audierne sera décrit plus loin : épidémie de 1885).

Il n’y a qu’un seul médecin dans le canton : Docteur Gigaud, résidant à PONT-CROIX, mais certains ecclésiastiques ‘’rendent des services’’. L’abbé Guézinguar, recteur de PLOGOFF a des connaissances et les inculque à son vicaire, l’abbé Yven ‘’qui fait des saignées et prescrit des potions’’. Celui-ci est appelé à AUDIERNE lors de l’épidémie de 1834 pour donner sacrements et soins (on signale 400 malades et une perte de population de 1/14ème – confirmation du chiffre ci-dessous). Les instituteurs publics n’existent pas encore. 

ü      2ème épidémie 1849 – Bilan :

 

Nombre de décès

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commune

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nombre de malades

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

18

Ile de sein

78

7

Esquibien

12

8

Pont-Croix

11

2

Goulien

2

13

Audierne

56

13

Primelin

45

 

 On remarque qu’il y a moins de cas à  PONT-CROIX, sans doute pour 2 raisons : plus grande propreté de la ville, niveau de vie (commerçants) supérieur à PONT-CROIX, AUDIERNE étant très pauvre. De plus, les médecins résident à PONT-CROIX (on en signale cependant un à Audierne très rapidement).

Pour l’anecdote, je signale que la fontaine de Notre Dame de Roscudon , détruite pendant la Révolution , a été rebâtie en 1858. La vierge était sensée protéger des épidémies.

 

 

 

 

 

Pour certains Capistes, le fléau vient des cantons limitrophes : DOUARNENEZ et QUIMPER .A l’Île de Sein, on attribue la responsabilité à un maçon arrivé de BREST le 28 novembre 1849, où l’épidémie fait des ravages.

Il est désormais conseillé de désinfecter les selles des cholériques avec de l’eau chlorée.

On constate aussi que en 1832-1834, le choléra a débuté à l’intérieur et s’est propagé d’Est en Ouest. En 1849, il débute au bord de l’océan  et se propage de l’Ouest vers l’Est .

ü      3ème épidémie :1865-1866-

Le choléra aurait été importé par des pêcheurs à partir du GUILVINEC, ÎLE-TUDY, DOUARNENEZ, PONT-L’ABBE

Bilan : BEUZEC : 1 décès- PONT-CROIX : 10 décès-AUDIERNE : 59 décès (déclarés le 10 février 1866.

ü      4ème épidémie : 1885-

Cette épidémie n’est pas particulière au Cap-Sizun. On signale 72  décès au GUILVINEC et 144 à AUDIERNE (pour 420 cas), 49 à POULGOAZEC pour 115 cas, 80 à DOUARNENEZ , 24 à L’Île de Sein. AUDIERNE détient le triste record des cas déclarés et du nombre de décès, ce qui a justifié un rapport du  Médecin des épidémies du canton de PONT-CROIX : le Docteur Hébert, dans lequel on peut lire :

« Entre les deux quais, la ville est habitée par les commerçants, classe relativement aisée qui, grâce à ce bien-être, n’a pas eu à souffrir des atteintes du choléra… ».

Suit une description de la ‘’Grand Rue’’, aujourd’hui rue Pasteur, habitée par les marins et leur famille, dans laquelle les logements, adossés aux constructions du quai sont assez salubres. Il n’en est pas de même côté ouest, adossé à la colline de 250 mètres (Kéridreuf). Je cite : 

« L’adossement de ces maisons à la colline constitue une cause permanente d’insalubrité : les murs souvent contigus ou adossés à la colline, véritables cloaques infects surtout en été …infiltration continuelle des eaux….misère, malpropreté, incurie des habitants, lits à 2 étages superposés, paillasses et mauvaises couvertures, hygiène déplorable, matériels et vêtements de pêche déposés mouillés dans l’entrée, fenêtres encombrées par du poisson au séchage, poêle en fonte seulement allumé seulement pour les repas ».  

La rue ‘’Double’’, aujourd’hui rue Danton, n’est pas mieux lotie :

« irrégulière, tortueuse où coule un ruisseau alimenté par la fontaine de Saint Raymond. Les maisons du côté sud sont également adossées à la colline comme dans la ’’ Grand Rue’’.

 

pic_0047-1.jpg

 Une vieille porte dans la rue Danton

 

 

 

Les quartiers plus élévés : Kervréach, Keridreuff ont moins souffert (ventilation). La quartier de ‘’La Montagne’’ est le plus sain.  

Peu de maisons possèdent des fosses d’aisance. Les immondices sont déposés un peu partout. Les logements sont surchargés ( 8 à 10 personnes dans une chambre humide et mal aérée).

Et enfin, abus de boissons alcooliques tant chez les femmes que chez les hommes ».

Il semblerait que le choléra  ait été importé du GUILVINEC. En effet, le 16 octobre 1885, 50 à 60 bateaux de pêche du GUILVINEC, surpris par la tempête, se sont réfugiés à AUDIERNE. Neuf jours après, le 25 octobre, le choléra s’est déclaré.

(remarque personnelle : j’ai retrouvé, une fois de plus, mon patronyme  dans la liste des victimes).

C’est la pauvreté et le dénuement qui sont responsables de la propagation : malpropreté, absence de latrines, déjections jetées dans les rues ou dans le bassin ( entendre : le port), linges souillés, non utilisation de désinfectants par ‘’des pauvres diables ignorants et méfiants’’.

Le maire d’AUDIERNE est à l’époque Amédée de Lécluze Trévoédal ( nom d’une terre de Beuzec déjà citée). Il sera amené à prendre un arrêté interdisant aux pêcheurs en transit de loger chez l’habitant, mais devant la mauvaise volonté des marins, il fermera les yeux, ce qui lui sera reproché (intérêt de popularité malsaine, intérêt du négoce : il est marchand de vin) , au point d’envisager des mesures à son égard. Les relations entre le maire et le Préfet sont très tendues (lettre du 30 mars 1886- cf : doc de référence page 181).

Le 16 novembre 1887, on signale la présence du Docteur Neis à PONT-CROIX ( Il a inspiré l’œuvre de sa fille, Jeanne Nabert : le cavalier de la mer ).

Il faut signaler aussi que la langue pose problème : cet obstacle linguistique sera en partie contourné par la francisation et l’action de Jules Ferry.

Le  clergé n’est pas inactif. L’action de l’abbé Mathieu Salaün , vicaire à AUDIERNE ne semble pas avoir retenu l’attention du rédacteur de la thèse. Le bulletin paroissial d’AUDIERNE a, en 1985, consacré un article à cet homme modeste . Par ailleurs, j’ai bénéficié de sources privées pour en parler.

L’abbé a vécu dans la pauvreté en donnant aux autres ce qu’il possédait : son courage et son temps. Il est décédé 2 ans après l’épidémie de choléra. Le bulletin précité parle de suite de fièvre typhoïde. Ma source privée dont je garantis l’authenticité ( copie d’un document de 1887) fait état d’un ‘’transport au cerveau’’, au cours duquel…  

 « l’abbé quitta le presbytère en pleine nuit, pieds nus, uniquement revêtu de sa soutane. Toutes les recherches pour le retrouver furent vaines dans la nuit .

Au point du jour, on retrouva son chapeau et sa soutane sur une grève voisine de la ville, et, deux heures après, son cadavre gisant non loin de là …..A cette nouvelle, la plus grande consternation se répand dans toute la ville ; il était si aimé celui qui venait de finir si tristement ! Aussi ses funérailles ont-elles revêtu un caractère tout particulier de solennité. Pendant 2 jours, il est resté exposé dans la salle du presbytère…Tous les navires avaient le pavillon en berne. Les marins de la ville, en reconnaissance de son héroïque  dévouement pendant le choléra de l’année dernière ont tenu à porter eux-mêmes sa dépouille mortelle. Le cortège funèbre, au lieu de se rendre directement à l’église, sur la demande de la population, a parcouru auparavent, en procession, les quais et quelques rues…..Devant le cercueil , qu’on avait laissé découvert, de jeunes enfants portaient des bouquets et des couronnes ; une autre couronne était portée sur un brancard par 4 hommes : deux bourgeois et deux marins. Toute la population suivait, et dans cette assistance nombreuse, on voyait couler bien des larmes….Une trentaine de prêtres….et son frère recteur de LANILDUT …. ».

La population audiernaise reconnaissante lui a fait élever (financement par souscription publique), au cimetière d’AUDIERNE, un monument , à droite de l’allée centrale, sur lequel on peut lire :

« Il a ouvert sa main à l’indigent et a tendu son bras au pauvre »

L’abbé avait 41 ans.

Des mains anonymes et peut-être  reconnaissantes  entretiennent régulièrement sa tombe. Voilà qui peut ressembler à un  plaidoyer pour la tombe de Guezno. L’histoire locale est chargée de grands noms qui ne méritent pas  notre ingratitude. L’avenir dira si notre histoire contemporaine transmettra quelques ‘’grands noms’’ à la postérité. Rien n’est moins sûr !!

Quant au conseil municipal d’AUDIERNE, réuni en séance ordinaire le 21 février 1886 sous la présidence de A. de Lécluze Trévoédal maire, il vote la création d’une médaille commérative en bronze, destinée à une vingtaine de personnes, dont :

Le Docteur Neïs de PONT-CROIX

Le Filles du Saint-Esprit de SAINT-BRIEUC

Monsieur Salaün, vicaire à AUDIERNE

Monsieur Kerloc’h, garde-champêtre

Il m’a paru souhaitable de donner tous ces détails car, comme je l’ai déjà dit , la transmission de la mémoire ne peut s’accomoder d’approximation et encore moins d’inexactitudes.

 

ü      5ème épidémie : 1893 :

Venue de BREST, cette épidémie atteint une fois encore le canton de PONT-CROIX, mais sans faire de victimes (191 décès à Brest, 92 à Saint Pierre Quilbignon, 113 à Lambézellec, 38 à Douarnenez, 18 à Quimper).

Des malades sont signalés à AUDIERNE  entre le 10 et le 23 septembre, à PLOGOFF entre le 13 et le 16 septembre, à PLOUHINEC le 18 septembre.

Il faut noter l’intervention de l’instituteur public Keruzoré à PLOGOFF, qui signe une correspondance adressée au Préfet. Il est en même temps secrétaire de mairie et, c’est un fait nouveau, se substitue au recteur du début du siècle pour encadrer la population en ce qui concerne l’hygiène. On apprend aussi que la pêche au maquereau fait venir à AUDIERNE un millier d’hommes en provenance de TREBOUL. (Lettre du 3/12/1894, page 233), alors qu’il y a eu 35 décès à TREBOUL le 2 septembre 1893.

Le Préfet fait interdire le transport des drilles, chiffons, cordages, filets, voiles, textiles, literies (matelas, couvertures) hors des communes contaminées, ce qui provoque une réaction des négociants en chiffons qui ne veulent pas perdre de l’argent. (Appréciation personnelle : Monseigneur Pognon garde toujours ses droits). Quant aux paysans, ils ne déclarent pas toujours les malades pour ne pas être contraint de brûler les  paillasses ou d’appeler le médecin.  Tout Tout cela c’était il y a exactement un siècle + 10 ans . C’est cela le CAP ! 

Heureusement, le choléra va disparaître à la fin du XIX ème siècle, en raison du dépistage précoce et d’une amélioration de la nourriture et de l’hygiène. Mais son nom restera synonyme de calamité.  Audierne se sera fait remarquer par le nombre de cas déclarés et de décès incontestablement imputables à la pauvreté. (Suite 6)

 

 

 

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 21:32

Ma Bro Ar C'hap Gwechall suite 6

Les épidémies suite

La Variole  (petite vérole)  

****** 

Les épidémies de variole furent nombreuses et meurtrières fin XVIII ème , début XIX ème siècle et touchaient surtout les enfants de moins de 10 ans. Avant 1800, la petite vérole tuait en France 50 à 80.000 personnes par an. Devant l'ampleur de la maladie l'évêque de QUIMPER décide d'en référer au Préfet ( 1er janvier 1812).

PONT-CROIX est touché en 1812 : 40 contaminés dont 5 décès. Les maisons sont balisées par un drapeau noir (déjà vu précédemment : des maisons cadenassées).L'île de Sein subit une épidémie la même année (transmission par des marins de PAIMPOL et du CONQUET).

La vaccination sera banalisée en 1870, quoique parfois mal effectuée (517 vaccinations dans le canton de Pont-Croix). Le 4 mars 1907, le Docteur Colin, médecin en chef de l'arrondissement de QUIMPER demande au Préfet d'ordonner au Docteur MEROP, médecin vaccinateur, d'intervenir sur PLOUHINEC et PLOZEVET. Les gens de ma génération ont connu ce médecin qui résidait quai Anatole France, à AUDIERNE ( décédé à plus de 85 ans),  dans la maison occupée successivement par le Docteur Claquin (qui a exercé jusqu'à l'âge de 73 ans) et actuellement occupée par le Docteur Lélias, gendre du précédent. J'ai été vacciné comme tous mes camarades à l'école du Stum (aujourd'hui école Pierre le Lec), par le Docteur MEROP, avant la guerre 39-45.

D'autres épidémies vont se déclarer :

§         à PLOUHINEC, le 25 décembre 1905 (origine : commune de PLOGASTEL St GERMAIN, village de GUILERS) . On trouve des cas à Kersiny, Menez-Veil, Trébeuzec, et les confins de PONT-CROIX (Kéridreuff). Au total : 120 cas dont 21 décès.

§         à AUDIERNE, en 1906-1907.  Voici ce qu'écrit le médecin des épidémies :

« la variole évolue dans des maisons misérables où je ne dirai pas l'hygiène (le terme serait prétentieux, exagéré), mais où la propreté la plus élémentaire est inconnue. Là, dans une athmosphère indescriptible et au milieu d?une odeur indéfinissable, dans une lamentable fraternité de misère physiologique et morale,s'entassent des enfants sales, déguenillés, couverts de gourmes (impétigo), êtres infériorisés par l'alcoolisme. Dans un tel milieu, au sein d?une population réfractaire, hostile même à la bonne parole, la variole trouve un terrain combien propice à une genèse sérieuse  et à une active diffusion » .

L'épidémie débute en septembre 1906 janvier 1907, importée par des Plouhinécois à la conserverie Chancerelle entraînant 4 décès. Comme à la campagne, certains cas sont dissimulés. La faculté recommande la désinfection (sulfate de cuivre), le nettoyage des lavoirs, et bien-sûr la vaccination.  Tout cela se passait , il y a moins de 100 ans !!!

J'ai connu dans ma jeunesse, surtout avant la guerre, des familles nombreuses (8 à 10 enfants) vivant entassés dans des taudis sans confort, sur la terre battue (Kervréach à Audierne), des locataires avec plusieurs enfants vivant dans 2 pièces insalubres.

Sans oublier SALONIQUE, le chef-d'oeuvre Audiernais !!

Je signale aussi la remarquable description faite par Anne-Denez Martin dans « Les Ouvrières de la Mer ». L'action certes, se déroule à DOUARNENEZ  mais c'est tellement près de nous !! Les grèves de 1920, au temps de Le Flanchec que je ne présente pas. La description des logements ouvriers et de la promiscuité est saisissante. Ce n'est pas le Cap-Sizun , mais c'est pareil. On y trouve d'ailleurs le nom de "de Lécluze"dans les propriétaires d?usines .

C'était hier ! Et  pour comprendre aujourd'hui il faut le savoir !!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les fièvres intestinales-  

****** 

 Elles sont le 3ème fléau épidémique du siècle : fièvres typhoïdes et paratyphoïdes, typhus, dysenteries bacillaires, gastroentérites sont très répandues. Le typhus, fièvre putride maligne, contagieuse et pestilentielle, est baptisée "maladie de BREST" parce que des bateaux contaminés y faisaient escale. Disettes (1849), aliments avariés, hygiène précaire, malnutrition, mouches, malpropreté, mauvaise qualité de l'habitat, défaut d'aération, on retrouve toujours les mêmes causes pour les mêmes effets. La description de l'habitat et des vêtements faite par Cambry est saisissante : on y relève aussi la superstition exploitée par les prêtres. A cette époque, le Finistère comptait un médecin pour 4000 habitants, alors que la moyenne nationale etait de 1 pour 1750 (les choses ont changé depuis heureusement) .

L'Île de Sein n?est pas épargnée : 1772 : 40 morts.Nouvelle épidémie en 1843 et 1894 (7 decès) . De graves défauts : paresse et oiseveté sont constatés en 1818. En 1841, la typhoïde touche PONT-CROIX, BEUZEC, ESQUIBIEN (82 cas à Esquibien). Toujours les mêmes causes, avec en plus, l?accusation portée contre les cimetières au milieu des bourgs. En 1884, le port d'AUDIERNE  se comble de vases :  « de grandes quantités de poissons y pourrissent à marés basse ». A CLEDEN : cimetière au milieu du bourg, 7 décès à PONT-CROIX  en 1890. Nouvelle épidémie de typhoïde à PONT-CROIX (Lanviscar) en 1901. Le typhus apparaît à BEUZEC en 1892.

Le choléra et la variole disparurent à l'aube du XXème siècle. Les fièvres intestinales persisteront jusqu'à la mise en place des mesures concernant l'eau : analyses, désinfection.

Mais, il est temps d'arrêter cette fastidieuse énumération, pour retenir une fois de plus l'essentiel :                                  

 la pauvreté et la misère

Ceci ne sera pas sans conséquence, j?en reparlerai  

Rougeole, Scarlatine, Diphtérie

 

 

 

****** 

 

Cette fois encore, ce sont les enfants qui en sont victimes : malnutrition, transmission des épidémies dans les écoles à la généralisation de l'enseignement primaire.  La rougeole a sévi à AUDIERNE en 1893 (importée de DOUARNENEZ), ainsi qu'à  POULGOAZEC et PLOUHINEC. PLOGOFF et CLEDEN sont atteints en 1908 (nombreux décès). Progressivement, elle perd du terrain jusqu'en 1916, date de la séroprophylaxie ( sérum de convalescents).La scarlatine est à AUDIERNE  en 1901 (elle a peut-être été importée de LORIENT par les marins d'état permissionnaires), et à PRIMELIN en 1903 (5 décès) . Elle constitue une menace permanente pour les enfants, mais aussi pour les vieillards, tout en épargnant les adultes. La conjugaison : diphtérie (croup), variole, rougeole, scarlatine fut particulièrement meurtrière chez les enfants. Le manque d'hygiène dans les écoles : latrines, tinettes, en est grandement responsable ; mais il faut aussi parler de l'inconscience de certains instituteurs, comme à PRIMELIN. L'inspecteur primaire et le médecin des épidémies constatent :

 -  la présence de poules et de canards dans le grenier de l'école

 -  la présence de clapiers à lapins dans la cuisine de l'école (inoccupée en hiver).

   Une demande de mutation fait certes suite à ce constat, mais  quelle misère !!

 

 

 

 

 

    Il est temps maintenant  de conclure ce trop long chapitre, trop long certes, mais volontairement trop long. J'ai souhaité, à travers cette énumération faire ressortir la pauvreté, la misère de notre Cap-Sizun au XIXème et début du XXème siècles. Cette misère a laissé des traces dans les comportements et tempéraments d'aujourd'hui. Cette connaissance me paraît nécessaire pour comprendre. Il me faut donc essayer de résumer la thèse du Docteur Heurté, document de 455 pages, (je l'ai déjà dit), pour en dégager l'essentiel :

§         Le choléra occupe une place prépondérante dans les épidémies (impôt sur les portes et fenêtres jusqu'à la première guerre mondiale).

§         L'habitat et la malpropreté en sont les causes principales : logements insalubres, vétustes, humides, mal entretenus, mal aérés. L'habitat rural dans le Cap fut longtemps un véritable taudis : manque d'eau potable et d'évacuation des eaux usées. Promiscuité avec les animaux, malpropreté des habitants et surpeuplement.

    Un décret de Bonaparte du 23 Prairial An XII abolit la déplorable coutume d'inhumer les morts à l'intérieur et autour des églises. Pourtant, cela persiste dans le canton de PONT-CROIX jusqu'à la fin du XIXème siècle.

§    L'action des enseignants commence avec Jules Ferry

§    La gravité des épidémies et le niveau de ressources sont liés : la riche ville de PONT-CROIX, comparée à la pauvre ville d'AUDIERNE, est relativement épargnée par le choléra .

§    La vie chère et la disette sont plus ressenties en milieu maritime que dans le milieu terrien ;

§    La médecine se modernise fin XIXème siècle. La charte de l'hygiène publique fait l'objet de la loi du 15 février 1902.

§    Malgré la faiblesse des moyens, l'état, la médecine  et quelques curés ont tenté de briser le sous-développement matériel et physiologique du Cap.

Les mesures sanitaires ont dû être imposées aux Capistes.

 

 

 

 

Une note d'optimisme cependant :

 

   Le Médecin Général Roger Moullec, membre du jury lors de la soutenance de la thèse du       Docteur Heurté, document de référence, fait remarquer :

§    Que les maisons sont orientées au sud-est, soit exposées au soleil, ce qui par ailleurs met les ouvertures à l'abri des tempêtes du sud-ouest, du nord-ouest et de la bise froide du nord-est.

§    Que sauf par grand froid, les portes des maisons et de la pièce à vivre sont toujours ouvertes, ce qui assure avec la cheminée, une ventilation. ( remarque personnelle : le cérémonial de l'accueil du visiteur pénétrant d'abord dans la cour de ferme, puis toussant pour s'annoncer, alors qu'il a été aperçu depuis longtemps est parfaitement significatif : «  deud en ty ou saved en ty signifie entrez  ou venez dans la maison, sous-entendu : la porte est ouverte; dans d'autres régions on disait : finissez d'entrer » .

§    Que le lit-clos, restera en service jusqu'à la première guerre mondiale ( intimité des couples, séparation des sexes, volume relativement sec par rapport à l'humidité ambiante)

§    Que le drustuilh dissimule l?office

§     Que la malpropreté corporelle n'était pas un phénomène Capiste mais français ( Louis XIV ne se lavait pas). Le savon est rare et  cher ;

§    Que si la langue bretonne a joué un rôle dans certaines incompréhensions, les prêtres étaient trilingues : breton, français, latin, et n'avaient besoin d'interprète. Il rappelle aussi que Laënnec parlait le breton ;

Que le Cap n'est plus isolé du monde grâce aux moyens de communication.

 

 

 

 

 

  A ce stade de la rédaction, en remerciant le Médecin Général Roger Moullec de l'aide qu'il m'a apportée, je crois pouvoir dégager quelques conclusions partielles concernant :

 

ØLe rôle joué par l'encadrement de la société :

      - Avant Jules Ferry : les aristocrates et le clergé

          - Après Jules Ferry : les instituteurs  et les élus (politiques).

 

ØLa non-réceptivité de la population, l'habitat de mauvaise qualité et même la pauvreté telle qu'elle a existé, ont disparus. Je dirai même que de nouvelles classes sociales  sont apparues :

         -  Les "dominants d'hier" (usiniers, négociants) ont été rattrapés par certains "dominés d'hier" qui se sont émancipés grâce à l'instruction.

         - Cette nouvelle catégorie de "dominés d'hier" occupe aujourd?hui une place correcte     dans la société , grâce à la promotion sociale. Ceci est particulièrement sensible dans la catégorie des sous-officiers de la marine nationale (fayots), traditionnellement recrutés dans les milieux modestes et dont j'aurai l'occasion de reparler .

          - La sécurité sociale et la mise en place de structures médicales assurent à chacun des soins corrects. Il n'y a plus d'épidémies imputables à la pauvreté comme au temps de nos pères (vaccin anti grippe)ØLa sécurité sociale et la mise en place de structures médicales  assurent à chacun des soins corrects. Il n?y a plus d?épidémies imputables à commtemps de nos pères (vaccin antigripp

ØL'eau du réseau de distribution est surveillée, mais subit un phénomène nouveau : les nitrates . L'eau des puits et des lavoirs a joué un rôle important dans la contagion . 

 

Je signale encore que

·    Le stéthoscope, instrument de base de nos médecins actuels date de 1864

·    Le chemin de fer est arrivé à DOUARNENEZ en 1892 et à AUDIERNE en 1894. Je consacrerai plus loin un chapitre au  "petit train" . 

Oui, je l'ai déjà dit : la pauvreté et même la misère étaient le quotidien de nos pères !!

A suivre Ma Bro Ar C'Hap Gwechall  suite 7

 

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 21:31

Ma Bro Ar C'hap Gwechall suite 7

  7- Les guerres:  14/18- 39/45- Résistance-Indochine –Algérie –

Le Cap-Sizun a payé un lourd tribut à toutes les guerres comme toutes les provinces de France. Je ne parlerai pas des guerres du XIXème siècle comme celle de 1870. Seulement de celles du XXème siècle.

    

71- Guerre de 14/18-

   La guerre de 1914-1918 est racontée dans les livres. Le Cap ne se différencie pas de la Bretagne en général. Selon les versions, le chiffre des Bretons morts à la guerre s’élève pour les uns à 240.000 (Roger Laouénan), pour les autres à 150.000. Il serait facile de faire le tour des communes, compter les noms inscrits sur les monuments, en faire le total et annoncer le nombre de Capistes morts pour la France en 14/18. Je ne l’ai pas fait car ce ne serait qu’un chiffre de plus, sans grande signification , le problème étant plus global . Mais cela s’est fait par endroits : DOUARNENEZ : 700, PLOUHINEC : 217. En fait, la difficulté serait de totaliser les noms inscrits tant sur les monuments que dans certaine églises et chapelles : exemple à CLEDEN-CAP-SIZUN où les morts du quartier de Langroas sont inscrits sur des plaques dans la chapelle et non à l’église paroissiale. Avis aux amateurs de chiffres qui devraient s’adresser aux mairies. Ceci est plus un travail de journaliste que de narrateur. En conséquence, je préfère citer la phrase du Général Nivelle :

 

 

 

 

 

 

 

« J’en ai consommé des Bretons à VERDUN et au Chemin des Dames » .

 

  Le Cap a payé son tribut, ni plus ni moins. Il faut cependant remarquer que les risques encourus n’étaient pas les mêmes selon les armées, car cette guerre a été avant tout terrestre, et très peu maritime, exception faite des DARDANELLES en 1915 (mon père y était), et du ‘’Lusitania’’, paquebot anglais torpillé cette même année près des côtes d’Irlande (1198 morts). CHARLEROI, la MARNE, l’YSER, Les EPARGES, VERDUN (Tranchée des Baïonnettes), FLANDRE, SOMME, sont des noms de terre. DARDANELLES, FALKLAND, JUTLAND sont des noms liés à la mer. Mais un mort sur terre ou un mer en mer ne se différencient pas. Faut-il rappeler que la France a compté 1.400.000 morts et l’Allemagne  1.800.000 morts. Dans ma famille, un seul de mes oncles n’est pas revenu. Il était fantassin et paysan. Les autres, 5, servaient dans la marine, et sont tous revenus. Je cite des faits. C’est un constat, ce n’est qu’un constat, et je ne ferai pas d’autres commentaires à ce sujet.

  Toutes les communes ont érigé des monuments à la gloire de leurs poilus et inscrit leurs noms dans la pierre. La ‘’comptabilité’’, si l’on peut  utiliser ce terme incongru, serait relativement facile en apparence. Il faut alors savoir que la commune de SAINTE ANNE d’AURAY a érigé un mémorial inauguré le 24 juillet 1932, et dédié aux bretons morts pour la France pendant la grande guerre, la ‘’der des der’’.  L’idée de ce monument avait émise par l’architecte des bâtiments de France : Monsieur  Chaussepied. On retrouve ce nom à l’église d’AUDIERNE (Saint Joseph) et à PONT-CROIX (petit séminaire). Hélas, seulement 8.000 noms figurent sur ce monument. 8.000 sur 200.000 ou plus. Seulement 316 paroisses sur les 1600 concernées ont participé au financement. L’argent est le nerf de la guerre et l’inscription était payante. Dont acte !!

  C’est le monde rural, les paysans qui ont payé le plus lourd tribut  à cette première guerre mondiale. Cela va se ressentir dans les campagnes et créer un certain état d’esprit. Ce n’est de la faute à personne, mais c’est ainsi. Il faut le savoir. Mais la ‘’der des der’’ n’était pas la dernière. Pour l’anecdote, je signale que mon patronyme ... est répété 6 fois sur le monument d’AUDIERNE. Simple constat, encore un, d’un nom très répandu localement.

 

 

 

72- La guerre de 1939-1945

 

La 2ème guerre mondiale est également racontée dans les livres .’’ Les clandestins de l’Iroise’’ de  René Pichavant constitue une bonne  référence pour ce qui concerne le Cap-Sizun. J’y reviendrai, à propos de la Résistance à laquelle je consacrerai un chapitre. Mais d’ores et déjà, je crois pouvoir dire que tout le monde a entendu l’expression selon laquelle l’Île de Sein serait le quart de la France. D’autres ouvrages ont traité le sujet, chacun peut choisir le sien.

  J’ai déjà parlé du bateau ‘’Ar Zénith’’ dans le chapître consacré aux sauvetages, à propos de la construction de la digue de Sainte Evette. Je me contenterai donc d’évoquer l’arrivée des Allemands, l’occupation, le rationnement, la Résistance (citée précédemment), le combat naval devant AUDIERNE, et enfin la libération.

Arrivée des Allemands-

Les premiers soldats  sont arrivés dans le Cap le 20 juin 1940 et se sont installés très rapidement dans des bâtiments réquisitionnés : Hôtel de France à AUDIERNE, école Jeanne d’Arc à ESQUIBIEN, les hôtels de la Pointe du Raz : [ l’hôtel de l’Armen (François et Jeanne Hamon, mes oncle et tante], l’hôtel du Raz de Sein, succursale de l’hôtel de France à Audierne (Mr et Mme Le Bour- Keradennec), le grand Hôtel Moderne, succursale de l’hôtel du commerce, ex hôtel Batifoulier, à AUDIERNE  ( Mr et Mme Lapous qui l’avaient fait construire en 1932). Pour être complet, il faut dire que ces hôtels de la Pointe du Raz  ont été pratiquement détruits et rasés par l’occupant en 1942.

  Très rapidement, on va assister au démarrage de la construction du mur de l’Atlantique (organisation TODT) , avec quelques point forts : Pointe du Raz, ESQUIBIEN (Lezongar), côte plouhinécoise et bigoudène. La population dans sa majorité, n’apprécie guère cette situation qui provoque l’établissement des cartes de rationnement, cartes de tabac (également attribuée aux femmes), contrôles et brimades en tous genres . Les hommes (cas de mon père) sont réquisitionnés pour garder de nuit, les poteaux et lignes  téléphoniques  par crainte des sabotages. (1940-1941). Puis c’est le recrutement et la traque des jeunes de 18 ans pour le service du travail obligatoire (STO). Rafles, déportation, résistance, collaboration, marché noir, on ne peut résumer cette époque en quelques lignes. Je renvoie donc aux livres d’histoire, pour  me limiter  à un récit plus personnel, peut-être anecdotique.

   Les temps sont durs. Si la nourriture ne pose pas de problème majeur à la campagne, 

( lait, beurre, œufs, farine, pommes de terre, volailles et même  parfois viande d’abattage clandestin ..etc sont produits à la ferme), il n’en est pas de même en ville (Audierne). Cest l’époque du marché noir, du troc. Ma mère travaille sur les quais, et réussit parfois à se procurer auprès des marins, un peu de carburant (essence , pétrole) en contre partie du tabac acquis grâce à la carte  (elle ne fume pas). A son tour, le carburant devient monnaie d’échange à la campagne contre des denrées alimentaires ou du bois de chauffage. Fort heureusement, le gaz est déjà installé à AUDIERNE (compagnie Lebon). Ma famille en bénéficie et s’en trouve fort aise car le charbon est également rare. Hélas, nous n’avons pas encore l’électricité. Les devoirs de classe sont faits à la lueur de la lampe à pétrole. Les enfants de mon âge doivent aussi, courir la campagne pour quémander de la nourriture, tant en Cap-Sizun qu’en Bigoudénie jusqu’à POULDREUZIC . On me permettra de signaler ici la qualité de l’accueil et de l’hospitalité que j’ai reçus en pays Bigouden. J’ai même été hébergé,  frauduleusement car cela était interdit, à la tombée de la nuit par des gens compatissants, compréhensifs, à moins qu’ils ne fussent tout simplement charitables malgré les risques encourus. Merci les Bigoudens !! J’ai été contrôlé, arrêté et même menacé par les Allemands, à plusieurs reprises. Mon jeune âge a toujours été mon meilleur passeport. Souvenirs d’enfant : lorsque les alliés ont bombardé la Pointe du Raz, le jour du pardon de ‘’Notre Dame de Bon Voyage’’, ma famille au complet a été enfermée par les soldats allemands, dans le verger de la ferme Le Borgne à Kérivoas (Audierne), sur la route du Cap. J’ai été  relâché à la nuit, ainsi que ma mère.

 Le  combat naval d’AUDIERNE-

 

 

 

 

 

 

Un des épisodes les plus intéressants me paraît être le combat naval qui s’est déroulé devant  AUDIERNE  dans la nuit du 22 au 23 Août 1944. Parlons- en !

Le  « journal des combattants » No 2262 du 11 avril 1992, a donné une version des faits, quant au rôle joué par certaines personnes. Cette version fait suite à celle qui figure dans les bulletins municipaux d’AUDIERNE, datant de janvier 1987 et janvier 1988. Crédible ou pas, je n’ai pas à juger. Mais, le journal des combattants authentifie les faits en se référant au Capitaine Finot (déjà cité dans le chapitre consacré aux Capucins). Le bulletin municipal se réfère au Capitaine Bourdon (mon ancien professeur d’anglais à Audierne). Seulement voilà !! Le 24/8/2001, Alain Le Berre , historien amateur, fait publier par   ‘’Le Télégramme de Brest’’, un article intitulé : « bataille navale d’août 1944 : comment la Royal Navy a-t’- elle été informée ? », dans lequel on lit :

  « Depuis une trentaine d’années, des articles de presse rapportent les propos d’un FFI sur la portée des renseignements transmis au Capitaine de Frégate Wilkie commandant la MTB (Moto Torpedo Boat) 738 et la 64ème flottille…. » .

  Il apparaît dans cet article qu’il y a eu contact verbal et physique entre pêcheurs de ‘’Pors- Poulhan’’ et marins anglais le 21 août 1944 . L’épisode des signaux lumineux, réels ou faux, n’est donc pas la  raison essentielle du renseignement dont disposent les anglais. Monsieur Le Berre ajoute :

    «  Cet épisode local du renseignement, de taille s’il en fût, n’a pourtant pas  laissé de traces, ni dans les archives anglaises accessibles depuis de nombreuses années, ni dans celles du bataillon de Pont-Croix ».

  Tels sont les faits pour lesquels je dispose des documents auxquels je me réfère. Quoiqu’il en soit, le combat a eu lieu et j’en ai des souvenirs. Je dormais dans ma chambre, à poings fermés, à 1 kilomètre à vol d’oiseau de la plage d’AUDIERNE . Ma mère m’a réveillé. Du premier étage de la maison, j’ai assisté à un feu d’artifice comme il n’en existe pas encore le 14 juillet. Lueurs, fusées éclairantes,détonations, un avant-goût de la fin du monde. J’ai alors pensé que, tant qu’à faire, il valait mieux mourir dans son lit. Je suis retourné me coucher avec mes 14 ans d’âge, avant de prendre connaissance du bilan, le lendemain :

   7 cargos allemands qui avaient quitté BREST le 22 août 1944, à la nuit tombante, furent rattrapés le 23 août à 1 heure 30 par les anglais. Aucun n’en réchappa. Même pas celui qui cherchant à rejoindre le port d’AUDIERNE, s’échoua à l’ouest du môle du Raoulic où il est encore visible les jours de grande marée. Le plateau rocheux de ‘’la Gamelle’’, bien connu des pêcheurs, recèle aussi des vestiges de cette armada. Quant aux pertes humaines, on croit pouvoir les évaluer à une centaine de morts pour 240 survivants.

  Les morts furent inhumés dans un cimetière provisoire se situant sur la commune d’ESQUIBIEN, à l’emplacement de ce qui est devenu « La Flibuste » (qui a d’ailleurs changé de nom et a été  récemment détruit par un incendie). J’ai pu voir ce cimetière à la libération, comme j’ai pu voir aussi des marins allemands se promenant sans armes dans AUDIERNE, déserteurs en puissance peut-être.

  Quant aux survivants qui avaient rejoint la côte à la nage, ils furent très mal accueillis par la garnison allemande de ‘’Lezongar’’, peu soucieuse de partager ses vivres. Ils furent nombreux à cantonner à ‘’l’hôtel de la plage’’ ( partiellement détruit et vandalisé par l’occupant), appartenant à Monsieur et Madame Ansquer (mes oncle et tante). J’ai pu constater moi-même les dégâts causés par la soldatesque, à la libération d’AUDIERNE intervenue le 20 septembre 1944. Comme j’avais assisté à l’arrivée des motards allemands en 1940, j’ai vu arriver les américains en 1944, par la rue du 14 juillet ( déjà citée) à AUDIERNE, avant l’attaque de ‘’Lezongar’’. Mes rudiments d’anglais m’ont permis d’indiquer au conducteur du véhicule de tête la direction générale de l’objectif. Un peu plus tard, badaud parmi les autres, j’ai eu ma récompense au carrefour de la ‘’Croix-Rouge’’ : une tablette de chocolat, jetée d’un engin blindé, et attrapée à la volée.

  Tel est le récit d’un enfant d’AUDIERNE, qui a vécu ce combat naval dans son lit, et n ‘en fut pas décoré pour autant, pas plus que pour un quelconque autre motif de sommeil réparateur pendant la guerre.

  La rumeur aussi a fait son travail : crochets à goémons pour tirer les  cadavres des marins noyés, doigts coupés pour récupérer les alliances etc…Vrai, faux ?? Je n’en sais rien, mais il me paraît un peu facile de ressortir les antécédents de pillage d’épaves. Qui sait ??

  Je ne sais que ce que j’ai vu :

    En me rendant à l’hôtel de la plage en compagnie de ma mère, immédiatement après la chute de ‘’Lezongar’’, j’ai traversé un barrage de mines anti-chars, sur la route entre ‘’Kergadec’’ et la plage (entre l’actuelle propriété Seznec et la plage si ma mémoire est bonne). J’ai gardé le souvenir de ces mines placées en quinconce. Plus tard, dans ma vie professionnelle , j’aurai l’occasion d’identifier ce type de mines. Il s’agit de ‘’Tellermine’’ contenant environ 5 kilogs d’explosif, genre TNT. Elles ne sont pas dangereuses pour les piétons, sauf  bien-sûr, si elles sont piégées. Celles de Kergadec étaient déjà dégagées quand je les ai vues ; pour autant, elles n’étaient peut-être pas neutralisées.

  Mais d’autres évènements ont laissé des traces en Cap-Sizun, comme ailleurs : tout d’abord la Résistance, puis les guerres d’Indochine et d’ Algérie. Concernant ces dernières, je serai très bref : uniquement des chiffres et seulement pour respecter la mémoire.

 

Les guerres d’Indochine et d’ Algérie

  Rappel des pertes françaises :

Tués en Indochine :77.334 – Blessés : 84.270 (source internet)

Tués en Algérie : 30 .000 – Blessés : 64.985 (id°)

    De nombreux Capistes figurent parmi les victimes, dont 419 finistériens en Algérie selon une association d’anciens combattants ( FNACA). Un monument érigé à PLEYBEN en 2003, affiche en effet 419 noms. Les autres départements bretons recensent 339 morts en Côtes d’Armor, 309 en Loire Atlantique, 286 en Morbihan et 273 en Ille et Vilaine.

 Les combats s’étant déroulés outre-mer, je n’en dirai pas plus pour revenir au Cap et parler de la Résistance.

 

La Résistance

  Comme partout en France, les forces de la Résistance ont eu deux composantes : les FFI, forces françaises de l’intérieur, et les FTPF, francs tireurs patriotes français. Si l’objectif commun de ces deux forces était de chasser l’envahisseur, l’une d’entre elles, la seconde était marquée politiquement à gauche, inspirée et chapeautée par le parti communiste. Par voie de conséquence, l’autre se situait plus à droite. Sollicités par les deux formations, les jeunes, souvent réfractaires au STO et épris d’idéal, s’engageaient dans l’une ou l’autre sans être pour autant politisés, mais parfois tout simplement, pour suivre des camarades qui les avaient précédés. Je réserve donc mon opinion concernant ce classement schématique et simpliste, tout en reconnaissant l’exactitude théorique du cliché.

  Quelques personnages locaux vont émerger dans cette période. Je ne les classerai pas plus à droite qu’à gauche. Chacun pourra le faire, selon ses idées. Plusieurs nous ont déjà quittés ; fort heureusement, il en reste. Je rappelle que j’avais 14 ans en 1944. Je vais donc aborder ce sujet avec la prudence et surtout le respect qui convient, en jetant sur cette période le regard d’un enfant.  Je signale encore que le livre de René Pichavant : ‘’les Clandestins de l’Iroise’’ tome V, en a fait un récit  très précis qui s’appuie des témoignages. Je ne peux donc ajouter que des compléments et éventuellement donner une version plus personnalisée à travers des personnages rencontrés en cours de route. Je ne citerai donc que ceux auxquels j’ai pu être lié pour diverses raisons.

  J’ai déjà parlé à deux reprises du bateau ‘’Ar Zénith’’. Je n’y reviens donc pas.

    Quelqu’un dont on a peu parlé est Yves Le Meur. Il a quitté AUDIERNE après la guerre, ce qui peut être une explication de la discrétion actuelle. Pourquoi parler de lui ? Parce qu’il habitait dans la maison de ses parents, située à 100 mètres de chez moi. Je le connaissais bien, et encore mieux son frère plus jeune François, mort en Algérie aux commandes d’un avion de chasse et d’appui au sol de modèle T 6. Ce voisinage me permettait parfois de voir certaines choses  et surtout d’en entendre. Suite à une dénonciation, son père, également Yves, fut arrêté en pleine nuit par une patrouille allemande et conduit à la Kommandantur. Le détachement crut devoir traverser mon jardin malgré les mises en garde de Monsieur Le Meur qui connaissait l’existence de ‘’Bobby’’, le chien de la maison. Ce qui devait arriver arriva : ‘’Bobby’’ se jeta sur les uniformes et reçu un coup de fusil mauser qui ne le tua pas mais en fit un blessé grave. Ma mère dût se séparer de ‘’Bobby’’, dans des conditions dont je ne parle pas. Monsieur Le Meur fut relâché, car c’est Yves qui était recherché. Dès l’âge de 18 ans, il s’était investi dans la lutte en créant un réseau baptisé’’Front National’’, dans lequel il fut bientôt rejoint par des personnages connus, tels Paul Finot et Michel Bourdon déjà cités précédemment. Je  crois que Edmond Lardic, devenu plus tard  peintre connu et de talent, sans pour autant oublier sa condition de ‘’survivant-rescapé’’ d’une fusillade, en faisait aussi partie.

  Pierre Quéré était aussi très recherché. Il logeait souvent chez sa tante, à Kergadec, où il côtoyait Monsieur Moréno, directeur de la compagnie française, qui  travaillait au profit de l’organisation TODT, à la construction du mur de l’Atlantique. Les bureaux de cette entreprise se trouvaient à l’école des filles  du  Stum (Pierre Le Lec). Je crois aussi qu’il lui est arrivé de trouver refuge au cimetière d’AUDIERNE , dans la chapelle funéraire de la famille Le Duff de Mesonan déjà citée (près de la tombe de Guezno). Selon un témoignage écrit adressé par Paul Abgrall de LOCTUDY, « la pâtisserie de Madame Hamon, rue Gambetta à  AUDIERNE, accueillait occasionnellement ce sans-logis de la résistance. A l’occasion d’une fouille dans le quartier, cette maison fut la seule à ne pas être visitée. C’est pourtant là que des voisines trouvèrent plus tard des fusils abandonnés par des fuyards ».

  J’ai assisté un jour à une fuite à partir de cette maison, suite à une alerte. Mais, manquant d’éléments d’appréciation, je n’en dirai pas plus.  Seulement que le jardin en terrasses situé contre la colline permettait, à condition de faire preuve  d’une certaine agilité, d’atteindre le lieu-dit ‘’Le Castel’’ pour s’évanouir ensuite dans la nature.

  Dans son ouvrage cité en référence, René Pichavant a publié beaucoup de noms. On peut donc s’y reporter. Les circonstances m’ont permis de rencontrer quelques uns de ces acteurs. Je citerai  avant les autres mon camarade Yves Donnart, le Colonel Donnart qui nous a quitté le 4 novembre 2002. Pourquoi ? Parce que nos chemins se sont croisés, à plusieurs reprises dans la vie locale et  professionnelle. Etudes à AUDIERNE  tout d’abord. Puis Collège à QUIMPERLE , établissement que je fréquenterai moi-même plus tard. En 1944, Yves a intégré la Résistance du Cap, après celle du réseau de son collège, et  participé au parachutage de MAHALON. Il  est arrêté par les Allemands suite à une dénonciation. Peut-être savait-il par qui. Il a emporté son secret sans le partager, à moins que… !! Incarcéré à la prison de l’école Saint-Charles à QUIMPER, il ne doit son salut qu’à la déroute de l’occupant. Première croix de guerre pour un Audiernais de 20 ans qui a sans doute eu le temps de réfléchir dans sa cellule au sens de la vie ainsi qu’à la relativité et la vanité des choses. Puis carrière militaire. Indochine comme Lieutenant commandant une compagnie de la Légion Etrangère, 3 fois cité. On ne confie pas le commandement des meilleurs soldats du monde à Monsieur X.. Algérie comme Capitaine. Commando de chasse : 3 fois cité. Nos chemins se sont croisés à ALGER en 1963. Le petit audiernais qui avait côtoyé la mort dans la Résistance, a terminé sa carrière avec le grade de Colonel. J’ai tenu à raconter ce parcours d’un  résistant de base pour plusieurs raisons. La principale est que l’on a beaucoup parlé de l’inexpérience de ces jeunes mal préparés au combat. Ayant choisi de poursuivre une carrière militaire, formé dans les écoles d’officiers, le petit maquisard audiernais qui ne se vantait jamais de rien et surtout pas de faits de Résistance dans laquelle il donnait l’impression d’être simplement passé, a prouvé ses  qualités de combattant et de chef. J’exprime cette opinion à titre personnel , mais on m’accordera peut-être un certain crédit en la matière. Mon ancien m’honorait de son amitié et parfois, de ses rares confidences. J’ai eu à lui rendre un dernier hommage, devant son cercueil, à l’église d’AUDIERNE, avec beaucoup d’émotion car je considère qu’il  a accompli un beau parcours, après avoir frôlé le peloton d’exécution.

  François Péron ! Un nom très connu à AUDIERNE  et à PONT-CROIX car sa mère était Pontécrucienne. Il nous a quitté le 7 mars 2002. Sous-Officier de carrière, fait prisonnier en 1939, il  s’est évadé et a rejoint Audierne pour ‘’s’évaporer dans la nature’’. En Allemagne il a appris l’allemand qu’il pratique assez bien. Il assure d’abord le commandement de la compagnie Cambronne, puis du bataillon d’Estiennes d’Orves dans la Résistance, et participe à toutes les actions locales. Il a poursuivi sa carrière dans l’armée. Nos chemins se sont croisés au mess des officiers, à ORAN. Nous étions tous les deux en mission,  et de passage. Deux Audiernais qui se rencontrent  ne peuvent que parler du Cap, ce que nous fîmes. Il a terminé sa carrière comme Capitaine, particulièrement décoré en raison de ses états de services.

  Henri Moullec. Certains l’appelaient Alain. Egalement Sous-Officier d’active, retiré à PONT-CROIX, il devient très rapidement le chef militaire de la compagnie SURCOUF qui participe elle aussi aux actions locales dont le parachutage de MAHALON et les combats de Lesven en BEUZEC (déjà cité) . Lui aussi va poursuivre sa carrière militaire qu’il terminera avec le grade de Commandant. Plus tard, nous deviendrons amis à AUDIERNE. Il nous a quitté, en 1997 je crois.

  Si j’ai voulu parler de trois officiers ce n’est pas pour sous estimer les autres . Au contraire. Seulement pour faire ressortir que ces maquisards mal instruits, se battaient avec foi, conviction et détermination, qui sont les éléments essentiels de la réussite, quels que soient par ailleurs les niveaux de technicité et même l’armement utilisé, souvent insuffisant voire désuet dans la Résistance.

  Mais les officiers n’ont pas l’exclusivité, et ce n’est pas Edmond Lardic qui dira le contraire. Il fait partie des fusillés de la Croix Rouge et a été laissé pour mort dans la carrière des exécutions. Lui non plus n’en ‘’rajoute pas’’. Il n’est pas devenu officier, ce qui prouve qu’il n’y a pas d’exclusive.

  Et tant d’autres noms, certains connus, d’autres plus dicrets qui n’en ont pas moins de mérite pour autant :

-         les agents de liaisons, surtout féminins et modestes : Jeannette Brénéol ( épouse Scoarnec), Yvette Kerdraon (épouse Perrot), les demoiselles Claquin , mes voisines, et tant d’autres. La regrettée Annick Pensec qui , malgré un handicap, s’était engagée à fond dans ce combat dangereux en hébergeant des ‘’recherchés’’.

-         les soignants : Jean Pierre Perrot, devenu médecin cardiologue, Daniel Scoarnec aujourd’hui disparu, Jeannette Guéguen (Madame Colin) travaillant avec les médecins locaux et encore, je le répète tant d’autres.

-         Les combattants de base et surtout ceux qui n’ont pas fait parler d’eux

-         Les noms plus connus comme le Colonel  Plouhinec ou le Commandant Marie.

   Je ne peux citer tout le monde dans un bref chapitre traitant de la Résistance en Cap-Sizun. Ce n’est d’ailleurs pas mon but car il y a beaucoup d’autres choses à dire. Je renvoie donc aux ouvrages spécialisés et en particulier à René Pichavant pour en savoir davantage et connaître d’autres acteurs.

  Deux actions majeures sont à porter au crédit de la Résistance : le combat de Lesven (Beuzec), et le combat de Lézongar (Esquibien) qui se termine par la capitulation des Allemands et la libération d’AUDIERNE et du Cap-Sizun.

LESVEN et LEZONGAR

  Les choses ne vont pas bien pour les allemands. Les alliés ont débarqué en Normandie le 6 juin 1944 . Ils progressent vers l’est et vers l’ouest. BREST , qui détient le record de ville la plus bombardée de France est libérée le 18 septembre après avoir été assiégée depuis 7 août et subi 165 bombardements de 1940 à 1944.

  Sentant l’étau se resserrer, la garnison allemande de Lezongar (300 soldats), tente de rejoindre celle de CROZON en traversant la baie de DOUARNENEZ. L’opération s’effectue le  26 août 1944. Les forces de la Résistance les interceptent avant l’embarquement. Bilan : 18 résistants morts, une trentaine d’allemands tués ou blessés et 238 prisonniers. Une stèle commémore ce combat sur la D7, entre BEUZEC et la pointe duVan.

  La garnison de Lezongar tient toujours, et se rend aux américains un mois plus tard, le 20 septembre .

  Le Cap a payé le prix de la guerre : les fusillés de la Croix Rouge , les morts de Lesven, les déportés qui ne reviendront pas ( sont revenus : Constant Floch, Jo Le Gac), les exécutés  par le peloton : Manu Brusq, Jean Simon et tant d’autres, les victimes civiles (dont Pierre Le Lec, mon ancien instituteur, Monsieur Nirma) .

  Il est temps de clôre ce chapître. Je le fais en m’excusant de n’avoir pas tout dit ni cité tout le monde. Nous n’en sommes qu’au ‘’Cap-sizun Gwechall’’. Ce n’est pas fini !!

 

Le camp d’internement

 

  Le nom peut surprendre. Je l’utilise donc avec prudence en précisant qu’il a été utilisé par d’autres.

  Le supplément au bulletin municipal de PLOUHINEC en date du 16 mars 1998, a consacré un article au lycée professionnel Jean Moulin intitulé « Pré…histoire ». On peut donc s’y référer, pour apprendre qu’il s’agit à l’origine d’une conserverie, devenue colonie de vacances en 1933, avant de devenir centre d’hébergement de réfugiés de 1937 à 1939 (réfugés en provenance d’Espagne) . Puis, je cite :

  « Le 4 juin 1940, arrivèrent en gare de QUIMPER, sans escorte, environ 200 individus en civil (avec valises et baluchons) qui furent conduits en car à la colonie de POULGOAZEC, réquisitionnée en 1939.

  Qui étaient-ils ? Des individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique ? Des ennemis du Reich ou des faux ‘’anti nazis’’

  Ils tombaient au moment où les esprits étaient échauffés par la mauvaise tournure que prenaient pour nous  les combats…les rumeurs de trahison et de ‘’Cinquième colonne’’.

  Considérés en définitive comme suspects, ils furent l’objet de paroles et de gestes d’hostilité de la part de la population quimpéroise.

 Internés à POULGOAZEC sous la garde de territoriaux, ils n’eurent que très peu de contact avec les habitants. La colonie Beau était devenue ’’camp de la cinquième colonne’’ pour les uns, ’’camp des juifs’’ pour les autres.

  A l’approche des soldats allemands entrés à QUIMPER le 20 juin 1940, les territoriaux se dispersèrent. Une partie des soi-disant suspects (dont des israélites sans nul doute) s’enfuirent à travers champs. Certains cherchèrent de l’aide auprès de la population en proposant argent et bijoux.

 D’autres internés, pour la plupart originaires d’Europe centrale, restèrent sur place ; ils furent libérés sans autre formalités, à l’arrivée des troupes allemandes….. 

  Rien de concentrationnaire par conséquent. Mais, informés de mes recherches, des amis m’ont offert un livre intitulé ’’Errance en France’’ et écrit par Soma Morgenstern, aujourd’hui disparu (réédition en novembre 2002). La 4ème page de couverture comme on dit en matière d’édition présente :

 l’auteur :

   -« Né en 1890 en  Galice orientale….critique musical, auteur de romans, il doit s’exiler à Paris dès 1938…Arrêté et interné à MONTARGIS, puis à AUDIERNE, il réussit quand même à gagner NEW YORK en 1941. Il mourra dans cette ville en 1976 ».

l’ouvrage : France 1940 .C’est encore la drôle de guerre et par milliers les étrangers, principalement ceux de langue allemande, se retrouvent parqués dans des camps « d’internement. COLOMBES, MONTARGIS, AUDIERNE  au bout du Finistère…etc ».

  J’ai donc ouvert ce livre pour lire :

  Page153 : « nous savions maintenant par les soldats que nous devions être amenés au village d’AUDIERNE, et ceux parmi nous qui aimaient les blagues à deux  sous l’appelaient déjà ‘’ Au-Dirne’’ ( on pourrait presque traduire Oh putain !) »

 Page166 : «  … au premier appel à AUDIERNE… »

 Page 181 : « …l’arrivée de mon ami Serge améliora notre relation avec la population d’ AUDIERNE    

Page 225 : « ..que les Allemands tenaient déjà BREST  et avançaient le long de la côte vers  AUDIERNE.. ».

 L’actuel lycée Jean Moulin a donc hébergé un détachement de 200 personnes environ en 1940. Ce détachement semble avoir été gardé par des militaires français de la réserve territoriale. Le mot internement est employé à plusieurs reprises. Internés pourquoi ? Je n’ai pas la réponse. Les  faits semblent cependant incontestables.

  C’est sur ce point particulier de l’histoire locale que j’arrêterai ma narration concernant la guerre de 1939-1945. Il y a encore tant à dire. Il me faut cependant changer de sujet.

 

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8- Les marées noires-

 

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 21:30

Ma Bro Ar C'Hap Gwechall suite 8

8- Les marées noires-

La Bretagne est au premier plan pour être frappée par les marées noires. Pourtant, le Cap-Sizun n’est pas l’endroit qui a le plus souffert jusqu’à présent. Il a même été relativement épargné jusqu’à ce jour. J’ai professionnellement été confronté à ce que l’on peut appeler la première marée noire, celle du « Torrey Canyon » en 1967, en tant qu’officier chargé des opérations au sein d’un groupement d’intervention de 800 hommes en provenance d’Auvergne. Ma mission consistait à engager et coordonner les moyens de nettoyage (personnel et matériel) sur la ‘’Côte de granit rose’’, dans les alentours de PERROS-GUIREC (Côtes d’Armor). Voilà donc 36 ans que j’ai fait l’apprentissage du ramassage du mazout à la petite cuiller.

   Et depuis ? Récapitulons !

  Le tableau ci dessous recense les dates , lieux et quantités de pétrole transporté par les différents navires. A l’heure où j’écris ces lignes (11-5-2003) le pétrole du ‘’Prestige’’, naufragé au large des côtes espagnoles atteint la Bretagne. Les régions concernées sont pour l’instant la Bigoudénie et le Nord Finistère. Attendons la suite !! 

 

Date

Nom du navire

Tonnage

Lieu

18 mars 1967

Torrey Canyon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

30.000 tonnes pétrole

ØCôte Granit Rose

24 janvier 1976

Olympic Bravery

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

?

Île Ouessant

14 octobre 1976

Boehlen

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Raz de Sein

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

16 mars 1978

Amoco Cadiz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

230.000 tonnes

Nord Finistère

28 avril 1979

Gino

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

750 tonnes

Ouessant

7 mars 1980

Tanio

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7.000 tonnes

Île de Batz

31 mars 1988

Amazzone

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3.000 tonnes

Ouessant

12 décembre 1999

Erika

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

37.000 tonnes

Sud Penmarch

19 novembre 2002

Prestige

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

70.000 tonnes

Espagne

 

   La liste ci-dessus pourrait être complétée par d’autres noms que je peux citer en précisant qu’ils n’ont pas concerné la Bretagne.

 

 

8 août 1990

Sea Spirit

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8.000 tonnes

Gibraltar

9 décembre 1992

Aegean Sea

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

80.000 tonnes

La Corogne

15 février 1996

Sea Express

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

130.000 tonnes

Pays de Galles

1989

Exon Valdes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

35 à 45.000 tonnes

Etats - Unis

 

 

   Mais il faut aussi ajouter les produits chimiques ou divers en tous genres, dont nous sommes gratifiés :

 

22 janvier1988

Brea

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

700 futs sodium

Nord Ouessant

21 octobre 1989

Cargo libérien

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

150 futs acides variés

Id°

19 décembre 1993

Cargo  Cypriote

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

20.000 détonateurs

?

31 octobre 2000

Ievoli Sun

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

400 tonnes styrène

Manche

20 mars 2001

Balu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8.000 tonnes acide

Golfe de Gascogne

 

Et la liste n’est pas exhaustive, loin s’en faut !! N’oublions pas les marées multicolores de bouchons en plastique et autres chaussures ‘’made in Taïwan’’ qui souillent et encombrent nos criques (tout le monde a en mémoire le marché aux puces de la chaussure à Ouessant où le propriétaire de plusieurs exemplaires d’un  pied gauche cherchait désespérément un pied droit. Amusant non ?). 

  Certes, la Manche est une des mers les plus fréquentées du monde, et des mesures ont été prises pour réglementer la circulation (rail d’Ouessant). Je n’ai aucune suggestion à faire à ce sujet car la solution se trouve au niveau des instances et structures internationales. Mon seul commentaire sera donc de dire que, face à la nature, la mer en l’occurrence, il convient d’être modeste. Les Capistes sont bien placés pour le savoir , eux qui en vivent, qui l’exploitent, qui la maîtrisent parfois sans pour autant la dompter et qui , en dernier ressort savent qu’on ne se rebelle pas contre les éléments. On les subit, on les gère. Mais il n’est peut-être pas interdit de constater que depuis 1967, la série continue, ce qui donne aussi le droit d’espérer une solution pour éviter toutes les pollutions du littoral, sans exception. Et le Cap-Sizun fait partie du littoral !!

« Tout n’est pas la faute de la fatalité » (Madame Bovary-Gustave Flaubert)

« La fatalité triomphe dès qu’on croit en elle » (Simone de Beauvoir)

9- Le petit train : Train Youtar- ( références : quand brinquebalait le train youtar de Serge Duigou- Documentation privée J.S)

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